A Single man

Je n’ai jamais vu d’un très bon oeil le rapport entre films et livres. Les adaptations de textes à l’écran se classent pour moi en deux catégories : les adaptations ratées destinées à faire du cinéma et de la littérature un objet de consommation histoire de remplir les poches de la Warner et d’une maison d’édition qui a la chance d’avoir dans son catalogue l’oeuvre adaptée, et les bons voire très bons films devant lesquels on se dit “Ah, si seulement la trame n’était pas tirée d’un livre, ce film serait un chef-d’oeuvre !”. Je vous laisse imaginer quels genres de films l’on trouve dans la première catégorie. Dans la deuxième, je classe par exemple Shutter Island ou Le Prestige.

Mais, on le sait bien, les vraies oeuvres transcendent catégories, dogmes et doctrines, pour faire résonner en nous une note plus profonde que la pensée.
A Single Man est adapté d’un livre.
A Single Man est une vraie oeuvre.

Retraçons pour commencer le scénario : cela se passe en 1962, à Los Angeles. George Falconer, professeur d’anglais en université, joué par Colin Firth, se réveille seul, comme tous les matins depuis le décès de son compagnon Jim, mort dans un accident de voiture. Le film occupe l’espace d’une journée, au terme de laquelle George a prévu de se tuer.
Voilà pour le scénario brut et basique.

La simplicité de ce pitch est la première clé de la réussite artistique de ce film : un homme d’âge mur qui a perdu l’amour de sa vie et qui décide de mettre fin à sa vie. Autour de ce thème vu et revu, Tom Ford tisse avec habileté une oeuvre belle et intelligente, sans jamais tomber dans la facilité. Il n’y  pas une once de mélo dans ce film d’une heure et demie. Colin Firth campe un George fatigué mais toujours subtil, qui flirte incessamment avec la tentation. Les plans sont réfléchis et les transitions très réussies. J’adore pour ma part cette façon de filmer parfois très lentement ou parfois de répéter une action, de faire une coupure immédiate pour revenir au même endroit plus tard … La musique est très présente, peut-être un peu trop – et c’est le seul défaut que je crois possible de soulever. De nombreux flash-backs développés coupent l’action principale, souvenirs de Georges devant une photo ou une pièce.

Jim et George, le temps d’un flash-back en noir et blanc.

A tous ceux qui déclarent que le théâtre est supérieur au cinéma en tant que spectacle vivant, A Single Man est une réponse éclatante qui installe définitivement les moyens cinématographiques comme outils artistiques à part entière – je suis fan de la scène où George part à l’université en voiture et passe devant la maison de ses voisins, la famille américaine moyenne, et
regarde les enfants qui jouent sur le bord du trottoir. La petite fille le regarde, puis le petit garçon, qui joue avec son revolver en plastique, le vise. George tend son index comme un canon de pistolet et fait mine de lui tirer dessus. Je vous laisse réfléchir tout seuls sur cette scène …

A Single Man est un film tout en pistes et en nuances. George déclare qu’il tombe amoureux d’hommes, mais la scène de la confrontation avec la secrétaire appuie franchement sur le désir qu’il ressent quand il la voit. Là où le narrateur ne peut exister, la caméra prend le relais et, si elle ne permet une plongée dans les pensée du personnage, joue des couleurs, des gros plans.Rien n’est absolu, rien n’est tranché, rien n’est affirmé. C’est la grande force de ce film, et, je crois, une caractéristiques d’une oeuvre réussie : ne rien poser, tout proposer. Donner à voir sans imposer. Bien sûr, ce n’est pas la condition unique d’existence de l’art, mais c’est l’un de mes chemins préférés, et Tom Ford l’emprunte d’un pas simple et magistral à la fois.

2 thoughts on “A Single man

  1. Je n’en avais jamais entendu parler ! Il a pas dû faire beaucoup de bruit à sa sortie car il n’est pas blockbusteroïde. Intéressante riviou.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *