American Beauty, mon beau soucis

Okay alors je ne le nie pas. Je suis en plein sous le choc d’American Beauty. Œuvre que je viens enfin de voir, comblant un trou inexcusable dans ma connaissance (minuscule) de l’histoire du Cinéma.
Et donc, je suis sous le choc. Eberlué. Effrayé même. Par tant de scènes foudroyantes, s’enchaînant les uns aux autres sans pitié. Celle par exemple où Lester Burnham (Kevin Spacey) se couvre de ridicule en faisant les yeux doux à l’amie de sa fille pendant une durée insupportablement longue. Celle où le petit ami de Jane lui fait découvrir « the most beautiful thing I have ever filmed ». Et tant d’autres encore, plus légères mais tout aussi frappantes…
Il faut commencer par dire qu’American Beauty est une fable. Déjà, dès le début, on nous annonce que c’est un mort qui nous parle. Le fantastique se fait chair. Mais rien d’autre de scientifiquement incongru ne se fait jour. Ce qui fait de ce récit ce qu’il est, un conte fabuleux, c’est bien sa morale particulière et unique, faite de nombreuses métaphores lentement développées, chacune illustrée par un protagoniste différent.
Métaphore de l’esclavage qu’est le matérialisme (la mère), et sa métaphore contraire : l’achèvement d’une vie qui se désire réussie par le rêve et la rêverie (le père). Métaphore du mensonge personnel et quotidien qu’est le refoulement permanent de nos pulsions (le voisin US Marine). Métaphore du désir d’être aimé et d’aimer (la fille, Jane). Toutefois, une métaphore commune relie chaque personnage : tous ne désirent qu’une chose, se créer, s’offrir au monde pour que le monde s’offre enfin à eux.
Se présente également cette métaphore intemporelle, universelle, identique à chacun d’eux, mais aussi à nous : celle de la recherche de la beauté. « Sometimes there’s so much beauty in the world. I feel like I can’t take it and my heart is just going to cave in ». Tout le film nous en parle, joue avec ce thème, le déguise, le cache, le met en avant, l’éclaire, le recouvre d’ombres, pour toujours mieux en dévoiler la portée et la puissance.
Jane est l’archétype de la beauté fragile, cachée, qui se révèle grâce au regard amoureux de l’esthète.
Son amie la plus proche est l’illustration d’une beauté facile, ordinaire, celle de la chair. Beauté du corps, qui se meut en malédiction incessante, en appelant aux plaisirs et non à l’esthétisation de son âme, pourtant l’acte de beauté le plus élevé.
La mère est la beauté perdue, vendue, ternie par le temps et l’envie de toujours mieux faire, de toujours plus avoir, en oubliant la vie et ses aléas qui en font tout le sel.
On pourrait déblatérer ainsi longtemps. American Beauty est plein de signification. Et sa fin, par sa puissante symbolique, nous remet en question sur un thème moins futile que la beauté : qu’est-ce que vivre ? Et qu’est-ce que réussir sa vie ?
La beauté du monde est intolérable pour qui la désire brutalement. Mais Sam Mendès nous invite, à travers le destin du personnage raté et étrange de Lester Burnham, à rechercher la solution pour mieux vivre malgré tout. Pour mieux désirer. Pour mieux savoir quoi désirer. Et qui. Pour cela, doit-on rêver ? Ou être brutal, froid ? Faut-il un quotidien parfait et huilé mais frustrant ; ou une tentative désespérée d’en sortir pour tout remettre à l’heure ? Pour revenir en arrière et mieux recommencer ?
Sam Mendès nous offre toutes ces questions, sans forcément donner les réponses, pour nous pousser à aller plus loin, grâce à ses personnages tout en nuances et en humanité.
Et pour nous faire découvrir la beauté à travers chaque morceau du monde.
En sérénité.
Enfin.
NOTE : 17/20
« Because the sky is blue, it makes me cry » (Générique de fin d’American Beauty).







hey !!
Je passe par hasard sur le site de ces chers ECS et je découvre ce magnifique article ! Franchement très bien écrit et très représentatif du film, (pour une fois on veut y adhérer!), good job !
Merci beaucoup, M.FLaherty ! Au plaisir