Attention ! Monstre à l’écran… !

Le monstre cinématographique à part entière. Ou comment traumatiser ses spectateurs.
Après avoir tourné plusieurs films assez gores et osés, Peter Jackson commença à rechercher une voie différente, toujours plus ou moins trash, mais plus ciselée et plus mûrie. De ce nouveau tournant naquit une abomination délicieuse, Heavenly Creatures, expérience traumatisante à souhait, profonde, terrible, méchante et à la fois tout en rêverie, en douceur, en finesse, en amour…
Il s’agit d’une histoire tirée d’un fait réel : la relation ambiguë de deux jeunes élèves de Nouvelle-Zélande. Jackson offre ici un léger plaidoyer pour l’homosexualité, mais ce n’est pas du tout le propos du film. Il raconte un drame sous forme de tragédie grecque : tout est anodin pendant ce film, tout est lent, sans jamais l’être jusqu’à l’ennui, tout est description et explication des situations. Tout, sauf la fin. Tout ce qui vient avant n’est qu’une longue préparation de la scène finale, comme si seule celle-ci était la raison d’être du film. Et c’est le cas. Le film n’existe que pour sa fin. Et, en même temps, celle-ci est presque immédiatement évacuée. Alors que la caméra tourne, alors que la fin se révèle, tragique, Jackson n’en montre qu’une partie, furtive, en introduisant d’autres plans en même temps, sans rapport direct (mais chargé de métaphores néanmoins). Comme si la fin était « too much ». Et « too much », elle l’est. Terrifiante, inimaginable, intenable, inhumaine, et pourtant si humaine, si réelle, si présente à notre imagination, elle se fait trop vraie que nature. Et le générique arrive.
Et le spectateur de souffler, horrifié, n’en croyant pas ses yeux.
En somme, Heavenly Creatures raconte comment la folie provoquée par des maladies d’enfance, par des chocs émotionnels trop lourds, par des familles trop absentes de la vie de leurs enfants ; comment l’amour et l’amitié étrangement entremêlés, comme dans un rêve ; comment les rêves, justement, trop irréalistes ; comment tout cela mènent à l’horreur la plus condamnable, et à la fois la plus excusable.
Heavenly Creatures est plus qu’un grand Chef-d’œuvre. C’est une leçon d’humanité.






