Critique de OSS 117 : Rio ne répond plus

OSS 117 Rio ne répond plus - Affiche

Il y a quelques temps, j’étais allé voir Coco avec deux sœurettes pour le nom de Gad Elmaleh sur l’affiche. Nous en étions sortis gênés et désappointés, ayant assisté à la dégradation de l’icône nationale de l’humour francophone des années 2000, qui m’avait jadis assassiné pendant des heures devant mes écrans de télé et de PC à coups de crises de rire muet, au cours d’un film poussif et sans saveur présentant un Coco basique aux ficelles prévisibles et un Gad Elmaleh gesticulant et surexploitant les manières extravagantes de l’archétype du feuj frimeur dans l’espoir de déclencher un fou rire. Apparemment suffisant pour beaucoup : le film a caracolé en tête du box-office français et s’est même permis de rafraîchir sa bande-annonce à base de micros-trottoirs présentant des spectateurs soufflés par l’effet Gad, citant les répliques censées être cultes du film. « Gad, tu nous as éclatés ! » « Mon fils je veux qu’il vole ! Qu’il veu-hole ! ». Non. La seule chose qu’il vole, c’est 10 € 20 si on a été assez inconscient pour aller voir ce truc hors du Printemps du Cinéma.

Puis j’ai vu OSS 117 : Rio ne répond plus. Y’a toujours un gros nom sur l’affiche, mais ça n’a rien à voir. Jean Dujardin s’est depuis longtemps taillé un nom dans le métier, et le premier OSS, mis à part quelques longueurs dans le rythme, avait vraiment creusé une piste sympathique dans l’univers de la parodie.

OSS 117 - Rio ne répond plus 1Mais les gens. Nos films doivent ressembler à ça. C’EST CA QUE JE VEUX VOIR ! Vous pouvez mettre Brice de Nice sur le tapis (bien que tout ne soit pas à jeter dans ce film), Dujardin est quand même un type génial. J’ai crevé de rire de bout en bout. Le réalisateur, Michel Hazanavicius, honneur à lui, a exactement compris comment mitonner une parodie de film d’espionnage parfaite, subtilement dosée et surprenante. Pourtant, on sait ô combien il est facile de se moquer des films d’action et d’espionnage, on ne compte pas les pastiches plus ou moins drôles bourrés de vannes plus ou moins éventées qui sont passés à la trappe (« On va faire une parodie de James Bond hahaha kikoo lol c’est original, tro drole et subversif <3 »), des bandes dessinées d’un Tony de collège aux longs-métrages de Toussurlesjeux. La force du film est son humour trippesque bien huilé, qui se contente parfois d’une simple expression de teub de Dujardin pour faire se marrer la salle entière, ou d’un rire de neuneu pitoyable. Toutes les ficelles des vieux films d’action mal faits et incohérents sont là, comme les explosions de pétards en cascade qui tentent de se faire passer pour des impacts de balle, l’agitation de mains aléatoire sur un volant qui tente de se faire passer pour une conduite de voiture, la survie à un crash d’avion et à une chute de cinquante mètres sur des rochers saillants. Le plus fort, c’est que le film ne se prend jamais les pieds dans sa parodie : voyant le déroulement de l’action, je pressentais souvent quelques gags « bien sentis »… Qui n’arrivaient jamais. Comme si le scénariste avait dépassé le stade du gag gratuit remplisseur de script pour te chuchoter à l’oreille « Attends, tu pensais que j’allais faire un truc aussi kikoolol ? Baisse les yeux maintenant. ». Aucun gag ne tombe à plat, c’est un perfect shot remarquable que je n’avais pas vu depuis le premier Men In Black. Comme tout délire réussi, cet OSS 117 cumule tous les types d’humour, avec des dialogues nerveux, un racisme/antisémitisme/machisme de l’agent Hubert toujours aussi prononcé, du simple comique visuel débile, quelques vannes politiques savoureuses et un comique de répétition hilarant mais néanmoins honteux à base de Chinois vengeurs en quête de revanche face aux morts répétées des innombrables membres de leur fratrie.

Chinois, Français, Arabes, Noirs, Américains, Juifs, Musulmans, femmes, hippies, tout le monde en prend plein la gueule dans celle intarissable d’OSS, qui se retrouve perdu en 1967, dix ans après les péripéties du premier épisode, en plein Summer Of Love, au milieu de chevelus pacifistes et expérimente malgré lui le LSD et son homosexualité refoulée. OSS est dépassé par le simple fait de travailler avec une femme, juive de surcroît, à la recherche d’un criminel nazi. « Mais vous allez sérieusement vous infiltrer chez les nazis ? Je sais pas, en tant que Juifs, ça se voit… Enfin, l’apparence physiq… Non ? ». « C’est bien gentil votre religion, mais c’est un peu Jacadi a dit pas manger de saucisses, et cætera… ». Dujardin est dans son élément, enchaîne les gueules ringardes de bogoss beauf et emballe toutes les filles faciles à sa disposition tout en se ridiculisant en permanence. Ses faiblesses : hormis la suffisance et le racisme viral, l’ignorance totale des langues étrangères l’amène à se laisser passivement insulter en anglais par son confrère américain, et le traumatisme d’un fatal accident de trapèze lui donne une peur incontrôlable du vertige sous forme de flashbacks dramatiques.

OSS 117 - Rio ne répond plus 2Visuellement, le film réussit tout à fait son exercice de style : il ressemble typiquement à ces films prétentieux des années 60, avec ce grain d’image d’époque et cette bande-son adéquate. Chaque scène a été spatialement pensée et repensée pour dégager bien tout le caractère burlesque. C’est bien filmé, c’est bien pensé. Les autres acteurs valent le détour : hormis l’agréable surprise de voir ce brave Pierre Bellemare en patron, les nazis sont toujours aussi inintéressants avec leur humour de prof de physique insipide et l’assistante d’Hubert, espionne du Mossad, joue à merveille son rôle de femme indépendante des années 70 offusquée des principes moisis d’OSS.

Il serait criminel de décharger le caractère comique des vannes et répliques cultes du film en les énumérant ici. Tout ce que je vous conseille, c’est d’aller voir ce putain de film, qui va tout simplement à fond dans ce qui a été ouvert dans le premier épisode, si vous voulez ressortir de la salle avec la même douleur aux zygomatiques qu’après Les Simpson Le Film. L’ambiance potache du film est celle qui baigne les plus grands trips : OSS 117 est ce beauf prétentieux et cabot terriblement actuel, qui rappelle le jeune Chirac propret de la période gaulliste, le film est ce déversoir à humour noir qui se contrefout du politiquement correct puisque tous les propos honteux sortent de la bouche d’un héros bien plus caricatural, et bien franchouillard pour le coup. Alors, je ne sais pas si Dujardin tiendra cinq OSS avec cette recette, mais tout ce qu’on peut dire pour l’instant c’est que ça marche et qu’on en a pour son argent.

Un petit florilège (totalement non-exhaustif) des phrases cultes d’OSS 117 :

« Son père était nazi. » « Oui, exactement ! Je suis Allemand, mais je ne suis pas mon père, je déteste mon père, je sais que c’est un salaud ! »
**TART** « TU PARLES PAS SUR TON PERE COMME CA ! ON SE SERAIT PAS PERMIS CA A MON EPOQUE ! » « C’est un nazi ! » « MAIS C’EST SON PERE BORDEL ! »

“J’aime ce qui se passe.”

**Avec sa conquête féminine chinoise, au milieu de cadavres ensanglantés de ses courtisanes après une fusillade avec des Chinois communistes** « Et bien, on a failli frôler la catastrophe hahaha ^^D »


« Pourtant le Général a bien dit que la France entière avait résisté à l’occupation et au joug nazi ! » « Oui, oui. » … « Oui. » … « Il a dit ça. »


« Hitler… Je déteste ce type. »


« ATTENTION UN CROCODILE §§§ »
**Pan**
**Plan sur une carcasse sanguinolente de crocodile flottant sur le dos**


« Nan, je ne pense pas que vous soyez antisémite, vous êtes juste un peu brusque et faites juste des erreurs d’appréciation… » « Ouais, euh, OUAIS ! Voilà ! On est bien d’accord… Je me doutais bien que vous aviez une part de responsabilité dans votre réputation ! »

Un réel plaisir. Approuvé.

Article originellement publié le 22 avril 2009 sur le blog d’Alex.

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