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Batman Arkham Asylum

Le jeu vidéo peut-il être considéré comme un art ? Nos contemporains ne cernent pas encore l’importance de cette interrogation, malgré l’esthétisation de plus en plus évidente des jeux de console ; toutefois la question se pose bel et bien, et assez crucialement qui plus est.

Le vidéoludisme – osons utiliser ce terme à peine sorti du cercle des néologismes – pourrait se voir comme un art par sa complexification incessante. Ainsi, les décors de plus en plus époustouflants, les trames narratives de plus en plus réfléchies et matures, les codifications (nécessaires à l’établissement et à la pérennisation de tout art prodigue et élevé) de plus en plus établies et acceptées tendraient en effet à confirmer le caractère artistique du jeu vidéo.

Sans vouloir rentrer dans un cours de philosophie trop poussé (qui de toute façon me dépasserait assez rapidement), les jeux de console, en nous faisant incarner des personnages, en nous faisant vivre la vie d’autres Humains, d’autres nations, en d’autres temps et sur d’autres terres, bref, en nous détachant de la réalité, offrent à chacun d’entre nous la possibilité de nous éloigner du Vouloir-Vivre. Et, c’est bien connu depuis que Schopenhauer l’a énoncé, tout art nous sépare un temps du Vouloir-Vivre ; le vidéoludisme ne ferait donc pas exception, et se rapprocherait par là de la condition d’art.

La boucle paraît donc bouclée. Par ses qualités esthétiques et intellectuelles indéniables autant que par sa capacité à nous détacher de nous-mêmes, le jeu vidéo se poserait comme un art. Il serait au XXIème siècle ce que le cinéma aura été au XXème.

Si on peut certes disputer longuement sur un tel débat, loin d’être fini puisqu’à peine commencé (et on devra d’ailleurs au Web le mérite de l’avoir lancé, comme quoi…), autant arrêter de rêvasser sur l’esthétisation de ces divertissements modernes, et profiter de notre temps de cerveau libéré de toutes réflexion stérile pour mettre à profit nos petites mains bouffies (on a tous trop mangé chez MacDo je crois…) pour, justement, jouer.

Et cela nous amène à un très beau jeu, sorti récemment, et nous mettant dans la peau d’un des plus célèbres justiciers masqués : Batman ! En effet, et aucun geek ne sera passé à côté d’une telle nouvelle, Batman Arkham Asylum est disponible depuis quelques temps déjà, après une attente longue et fébrile.

Après avoir exploré chacune de ses opportunités, que puis-je donc dire de Batman Arkham Asylum ? À vrai dire, beaucoup de bien !

Le jeu nous offre beaucoup d’opportunités, dont celle, jouissive, de planer avec Batsy, comme dans le film !

Commençons par le plus évident : les qualités esthétiques exceptionnelles de Batman Arkham Asylum. Décors époustouflants, beauté des scènes à crever sur place, noirceur sublime, tout y est, tout est là, enfin, devant nos yeux, depuis le temps qu’on en rêvait, dis donc. L’univers sombre de Batman est rendu avec toute ses ombres, ses horreurs, son côté glauque et gothique. A couper le souffle. Littéralement.

Décidément, ça en met plein la vue…

De surcroit, tous ces artifices formidables et ces étalages de technicité ne sont pas inutiles, mais extraordinairement bien mis au service de la psychologie de l’univers de Bob Kane : glauque, noir, dur, sanglant, au bord de la folie et de la cruauté sadique. Arkham n’a jamais été aussi terrifiant et monstrueux. D’ailleurs, Arkham est repensé de manière à le voir sous un jour « actualisé » : on y comprendra subtilement que les impératifs médicaux sont parfois mis de côté au profit des impératifs économiques…

Le Joker, personnage sombre et dérangé et pourtant tellement fascinant

On notera le côté light mais sympa du scénario : pas complexe pour un sou, mais nous offrant néanmoins une foultitude d’opportunités. Un gros « plus » à la psychologie des personnages : nuances et détails sont au rendez-vous, et c’est avec joie qu’on retrouve toute la schizophrénie, la folie et les détails terribles de chaque grand méchant croisés sur notre chemin. Rien que le costume de Batman fait montre d’une véritable réflexion : les connaisseurs remarqueront à quel point le costume du jeu est un « mix » de celui que la chauve-souris porte dans The Dark Knight (le film de Christopher Nolan) avec celui que le justicier masqué portait dans Batman : The Animated Series (et plus largement, dans les Comics originels). Ainsi, rien que par son visuel, les programmateurs mettent en scène un Batman toujours plus torturé et sombre. Le scénario reviendra sur ce point, avec notamment l’intervention de l’Epouvantail.

Le scénario nous réserve d’autres surprises… Entre autre : une visite de la Bat-cave (un rêve d’enfant qui se réalise enfin…), une alternance bienvenue entre « l’intérieur » d’Arkham et son « extérieur » (jardin, toits, etc.) qui casse intelligemment la monotonie qui risquerait de s’installer, de nombreux gadgets (arrivant malheureusement au compte-goutte), de multiples décors et divers bâtiments (ce qui, là encore, brise toute possibilité de monotonie), des « documents » écrits et oraux nous apprenant la vie des plus grands criminels de Gotham, et augmentant ainsi l’épaisseur de l’univers de Bob Kane.

Qui a peur de Killer Croc ?

Bon, mais y’a des points négatifs également, évidemment… On ne les citera pas tous, seulement le plus gros : à savoir, que les Boss n’offrent franchement aucun vrais défis. Ainsi, on élimine Killer Croc d’une manière pitoyablement aisée et sans brio. Ou encore, Bane est d’une bêtise a-ffo-lante (on l’élimine en le laissant foncer dans des murs…). Je ne parlerai même pas du « match » contre Poison Ivy, parce que sa facilité est quand même à la limite du mauvais gout.

Mais on se rattrapera largement avec les très nombreux combats contre les sbires, qui sont profondément jouissifs, et avec les « infiltrations » que Batman aura à faire (il s’agira d’éliminer tous les ennemis dans une pièce sans se faire remarquer une seule fois).

De l’usage d’une tyrolienne pour éclater adorablement un bon gros sbire

Mot de la fin : Enfin un jeu vidéo qui rend compte de l’univers sublime et noir de Batman ! Le meilleur jeu du Justicier Masqué de Gotham, et ça faisait deux décennies qu’on attendait ça ! Bravo à l’éditeur, Eidos, et au développeur, Rocksteady, pour un aussi bon travail, et pour nous immerger enfin avec talent dans la vie nocturne de Bruce Wayne.

Comme quoi, de nos jours, qualité rime encore avec rentabilité…

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