“Believe the hype” avec Anna Calvi

Non, je ne suis pas mort. Je vais même très bien. Ça fait un bail que je n’ai pas parlé musique sur OmniZine. J’ai laissé le soin à Chozo et Alex de le faire, et de fort belle façon d’ailleurs. Mais quinze mois après ma dernière critique musicale, sur le génial Closer de Joy Division, je me suis dit qu’il fallait que je retourne aux fourneaux, car ce début d’année 2011 est particulièrement réjouissant. Non, je ne parle pas du nouvel album de Lady Gaga, il ne faut pas déconner. Je vais donc parler de Anna Calvi (aucun rapport avec Yves), proclamé par de nombreux critiques comme étant la révélation de ce début d’année. Là, vous vous dites sans doute : « encore une autre révélation portée par la presse pseudo-intellectuelle et par la hype » voire « encore un artiste sur-côté ». S’il faut effectivement se méfier de toute hype, qui est parfois inversement proportionnelle à la qualité de la musique (« nouvelle scène rock française », je pense à vous), en ce qui concerne Anna Calvi, qui a sorti son premier album éponyme en janvier, on ne peut avoir aucun doute : on tient là du lourd, du très lourd.

Le légendaire Brian Eno dit d’elle que c’est « la meilleure chose qui soit arrivée depuis Patti Smith ». On la compare aussi très souvent, presque abusivement, à PJ Harvey, ce qui n’est pas rien. Mais je vais arrêter les comparaisons ici et c’est la dernière fois que vous verrez ces deux noms. Ce que je vais dire est très con, mais dans un monde où l’on ne cesse de vouloir comparer de nouveaux artistes à leurs illustres prédécesseurs, répéter cette phrase ne fera pas de mal : Anna Calvi fait du Anna Calvi. Car une des premières choses qui fait qu’Anna Calvi est d’ores et déjà une des grosses révélations de l’année 2011 (alors que nous ne sommes qu’en février) et qui la différencie des deux artistes citées ci-dessus, c’est sa voix. Un mélange improbable entre puissance et délicatesse. On avait pu l’entendre dans sa reprise de « Jezebel », un classique des années 50. Elle le confirme dans son album, notamment dans « Desire ».

Et ce mélange improbable ne se retrouve pas que dans sa voix. Tout son univers musical, tantôt inquiétant, tantôt planant, est fondé sur cette dualité, sur cette combinaison de puissance et de fragilité. « I’ll Be Your Man » ou encore « Love Won’t Be Leaving » en sont de parfaits exemples : les refrains pleins d’assurance sont entrecoupés de couplets susurrés par Anna Calvi, quasiment seule avec sa guitare. En parlant de guitare, il faut également noter que Anna Calvi est avant tout une remarquable musicienne. D’ailleurs, le morceau qui ouvre cet album, « Rider to the Sea » est purement instrumental, Anna Calvi nous faisant l’étalage de ses capacités guitaristiques. Et il ne faut pas s’étonner de l’entendre se lâcher un peu en live au détour d’une impro toujours très bien menée. Pour en revenir à cette dualité, elle s’exprime aussi par le décalage entre l’impression qu’elle donne en apparence, à savoir celle d’une jeune femme plutôt réservé, peu communicative et à la voix fluette, et celle qu’elle donne une fois en action, à savoir celle d’une jeune femme fougueuse, combattive et à la voix intense. Lorsque le feu et la glace se rencontrent en quelque sorte, pour reprendre une image un peu facile.

Pour résumer, Anna Calvi, c’est un univers atmosphérique et sombre, mais qui n’oublie pas de redescendre de temps en temps sur terre, c’est une voix puissante, mais qui ne nous casse pas les tympans pour autant. Pour résumer, Anna Calvi, c’est du très lourd. Et pas de mais cette fois-ci. Vivement la suite.

Allez, avant de se quitter, et une fois n’est pas coutume, deux vidéos de Anna Calvi : tout d’abord, sa reprise de « Jezebel » et ensuite, un live de « Love Won’t Be Leaving », avec un joli solo de guitare à la clé.

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