Arctic Monkeys – Humbug

Groupe populaire, les singes de Sheffield ont sorti cette année leur troisième album. Si la critique avait considéré leur deuxième disque comme bien moins bon que le premier, elle fait preuve de beaucoup d’admiration devant ce Humbug tout récent. Il est vrai que les Arctic Monkeys s’étaient fait une spécialité d’une musicalité qui se voulait « bourrine afin d’être jouissive » et, à force, ils avaient commencé à se perdre un peu en route et à s’auto-parodier. Ont-ils vraiment relevé le niveau ou se sont-ils enfoncés dans la fange ? Leurs gentils fans parlent du « disque de la maturité » pour les Arctic, mais bon, entendre ne serait-ce que ça, ça donne envie de foncer dans les brancards et de déboiter l’album pour la forme ; est-ce donc vraiment une œuvre mûre ou simplement une perdition masquée ? La suite au prochain paragraphe… (ouais, je sais, le suspense est insoutenable, quasi-torride ; allez, un p’tit coup de pinard et on repart !).
Je dois tout de suite avouer que je n’ai jamais été profondément convaincu par Alex Turner et ses petits potes. Mais il faut dire qu’Humbug est, sans conteste, un disque exigeant. Pas forcément par sa technicité, ou par son intelligence musicale, mais plutôt par des choix osés pour le groupe (qui décide de changer de rythme, de modifier ses habitudes, ce qui est fort louable mais toujours risqué pour de jeunes rockeurs pas très expérimentés au final). En effet, les morceaux font vite place à des entrelacs de sons, à des juxtapositions d’accords, qui laissent toujours dans la bouche un arrière-gout de « brouillon ». Chaque titre du disque est l’occasion d’appliquer de multiples couches de guitares, de basses, d’en rajouter toujours et encore, pour donner un ensemble compliqué, difficile et désordonné, qui requiert une indéniable attention et une vraie concentration.
C’est en ce sens qu’Humbug est véritablement exigeant. Non, donc, qu’il révolutionne notre compréhension musicale, mais qu’il invite à découvrir chaque arpège, chaque entrelacement de sons, dans un continuel effort pour ne rien rater, pour ne rien omettre dans notre écoute. C’est à la fois son indéniable force et son défaut le plus condamnable, car l’effort auquel il invite est largement plus lié à son incapacité à simplifier sa musique plutôt qu’à sa faculté à la complexifier réellement.
Mais il faut dire qu’avec Josh Homme à la production, il ne fallait pas attendre un disque très simple. Josh Homme, surtout connu pour être le guitariste-chanteur des Queens of the Stone Age, avait impressionné les Arctic Monkeys lorsqu’ils étaient venus voir son groupe en concert, et c’est depuis lors qu’Alex Turner avait décidé de s’inspirer largement des QOST (qui méritent mon respect éternel pour le traumatisant et minutieux Era Vulgaris, disque profondément exigeant pour l’auditeur). Queens of the Stone Age a donc fortement influencé Humbug, et ça se sent de bout en bout.
Cette influence a des aspects positifs car elle a permis aux Arctic de se renouveler ; en même temps elle vampirise un peu l’identité initiale du groupe de Sheffield, au risque d’en désarçonner plus d’un. Cette emprise des Queens (qui, on le rappellera, sont plutôt portés sur le heavy metal et le psyché, ça donne tout de suite la couleur du groupe…) se vérifie tout de suite sur des titres comme Dance Little Liar. Parmi les plus réussis de l’album, doté d’un beau final, Dance Little Liar se rêve comme une mélodie puissante mais pèche un peu en n’étant pas aussi tonitruante et vigoureuse que ce à quoi les standards du genre invitent.
L’influence QOST se voit encore particulièrement dans Potion Approaching ou encore dans Dangerous Animals, qui sont des titres robustes mais trop brouillons pour être vraiment matures. The Jeweller’s hands, qui conclut le disque, rappelle de manière presque choquante, par ses aspects un peu psyché, des passages d’Era Vulgaris. Il faut dire qu’il n’en reste pas moins sympathique, tant il fait parti des titres les plus aboutis et maîtrisés de Humbug.
Et même si tout l’album est plus ou moins recouvert (mais on ne s’en plaindra pas trop) de l’ombre de Josh Homme, Arctic Monkeys s’émancipe tout de même de temps en temps, notamment avec le très réussi et berçant Cornerstone, lui aussi parmi les plus accomplis du disque. On parlera également de Crying Lightning, qui, s’il n’est pas inoubliable, est incontestablement musclé et pousse méchamment mémé dans les orties, notamment grâce à un refrain bien trapu.
En passant, on n’omettra pas Pretty Visitors, sympathique et intriguant, ainsi que My Propeller, qui fait office de morceau d’ouverture correct. Le titre Fire and The Thud est selon moi le gros raté de l’album ; il n’apporte pas grand-chose, et succombe totalement à l’aspect « brouillon » qui menace, sans jamais totalement les écraser, les autres morceaux. Enfin, Secret Door se pose comme une mélodie plus tranquille, sucrée, un peu trop même, car elle vire carrément à l’acidulé, ce qui, dans l’ensemble noir qu’est Humbug, n’est pas franchement terrible et fait un peu tâche.
Au final, Humbug est un disque intéressant. Sans qu’il faille le considérer forcément comme un « album de la maturité » (Arctic Monkeys a encore beaucoup à faire, on évitera donc le côté snobinard consistant à idolâtrer le groupe pour la forme), il mérite largement qu’on s’y attarde. On n’y trouvera pas un plaisir immense, car aucune chanson n’est assez ciselée et aboutie pour vraiment faire surgir chez l’auditeur un agrément poussé (surtout que le caractère « qostien » de l’album n’est pas conçu au départ pour reposer les oreilles). Par contre, on y grandira à son contact, en réfléchissant au processus de maturation d’un groupe de rock prometteur.
En effet, Humbug est un album expérimental, non pas au sens où il expérimente quoi que ce soit dans l’Histoire de la Musique, mais au sens où il représente l’expérimentation artistique, quasi-intime, d’un groupe qui se cherche, qui ne se trouve pas toujours, mais qui tente de sortir la tête de la vulgaire vague pop anglaise, tout en évitant de tomber dans le convenu ou le déjà-fait.
Rien que pour ça, on félicite la tentative du groupe et on attend avec impatience leur prochain album, qui nous renseignera sur l’état d’avancement des Arctic. Avec un peu de chance, ce sera peut-être ce futur disque qui se révèlera être celui de la « maturité ».
NOTE : 11/20
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Oui assez d’accord sur la complexité, mais au bout d’un moment faut arrêter de se poser des questions et juste sauter dans sa chambre sur le son. Josh Homme… J’aime pas trop QOTSA, mais eagles of death metal, son autre groupe est extraordinaire.
Soit on parle d’un album, soit on se contente de sauter dans sa chambre. Bons sauts alors.