Bigelf – Cheat the Gallows

Ah, le rétro … De plus en plus de groupes de rock  succombent au charme hypnotique des années 70  : Wolfmother, Airbourne, Glyder, et parmi eux, un groupe de Los Angeles : Bigelf. Bigelf est un groupe qui monte, qui monte, surtout depuis qu’un certain Mike Portnoy s’est mis à chanter leur louanges en interview. Joignant l’acte à la parole, il a invité le groupe à se produire sur le mini-festival itinérant “Progressive Nation” mis en place par Dream Theater. Portnoy décrit Bigelf comme le mélange de toutes les influences du rock progressif : les Beatles, Black Sabbath, Pink Floyd … Alors, cover band déguisé ou vrai groupe ? Passage au crible de Cheat the Gallows, le quatrième album du gang sorti en 2008.

Son La première chose que l’on peut dire de Bigelf, c’est qu’en effet Portnoy ne donne pas dans la publicité mensongère : toutes les influences citées sont là, et même plus. Donnant dans un son bien 70’s, la guitare (le guitariste utilise une Gibson SG sur scène, comme un certain Tony Iommi …) passe par tous les sons qu’il faut (du fuzz crasseux au clean psychédélique) et les claviers font le plus souvent penser aux orgues électroniques de Jon Lord (Deep Purple) … Le plus souvent, car Damon Fox, le chanteur-claviériste, ne se gêne pas pour utiliser des simulations de xylophones ou de piano, voire carrément de cuivres et autres batteries d’instruements symphoniques. Puisque le groupe n’a qu’un guitariste, la section rythmique basse/batterie fonctionne à plein régime et l’on ne peut pas reprocher à Bigelf de ne pas varier les tempos. On entend également régulièrement des sons de saxophones qui nous ramènent aux influences jazzy du early rock prog (allez écouter 21st Century Schizoid Man de King Crimson …) ou des percussions autres que la batterie (In a Race with Time). Donc oui, Bigelf a bien digéré sa leçon. Peut-être trop, même. The Evils of Rock’n Roll ? Black Sabbath et ses deux tempos de prédilection – le doom et le up tempo rock. Money, it’s Pure Evil ou No Parachute ? Des harmonies vocales venues directement des Beatles. Et j’ai été pris d’un rire nerveux en plein Monoprix à l’écoute du refrain de la première partie de Counting Sheep, où le groupe nage avec volupté dans une atmosphère plus floydienne que nature. Il y a aussi ici et là des tournures de claviers à la Uriah Heep, par exemple dans l’intro de Hydra. Mais alors, ils n’ont rien inventés ? Je n’irai pas jusque là. Si les inspirations sont à la limite du pompage, Bigelf affirme quand même dans ce quatrième album. Reprenons l’exemple de No Parachute, qui est doté d’un refrain assez “bigelfien” dans son genre, avec une pattern de clavier assez psychédélique … Bigelf se drape en effet dans une sorte d’atmosphère déjantée-décadente, par exemple dans Blackball et son intro assassine ou Hydra, belle réussite de songwriting. Les claviers sont une composante visiblement importante du son du groupe – mention spéciale d’ailleurs au travail de production effectué qui fait que tous les sons s’entendent parfaitement, par exemple dans le titre d’ouverture, The Gravest Show on Earth, très bon morceau par ailleurs qu’on aurait peut-être aimé un poil plus long – mais je dis ça juste parce que la transition brutale sur Blackball me donne une impression de pas-fini.

Chant et paroles Bon allez je vais pas me la jouer : je n’ai pas retenu grand-chose des paroles de Cheat the Gallows. Il y a des clichés, même si ils ne sont pas traités de manière lourdingue (Superstar, The Evils of Rock’n Roll, In a Race with Time), ou d’autres sujets plus rigolos – Hydra, Counting Sheep … Par contre la voix de Damon Fox, nasillarde mais efficace, mérite un bon point. Il utilise ici et là des effets sur sa voix (No Parachute ou Hydra) et s’harmonise souvent. Compétent, sa voix correspond bien à leur style.

Impression Si on ne décernera pas la palme de l’originalité à Bigelf, il faut reconnaître que leur esprit est contagieux et on pardonne ces pompages successifs devant l’enthousiasme du groupe. De plus, certains morceaux sonnent vraiment comme un groupe un pas comme une somme d’influences recrachées – In a Race with Time, Hydra, Blackball, The Gravest Show on Earth sont de bons voire de très bons morceaux et la folie douce qui les enveloppe les rend assez personnels. Les titres sont travaillés (Counting Sheep fait 11 minutes 20 au compteur, et la deuxième partie contient un très long passage instrumental du plus bel effet) et ne souffrent que rarement de temps morts – même si je trouve que l’enchaînement No Parachute et de The Game met deux titres tranquilles à la suite alors que Superstar aurait pu être mis au centre du disque. En dix titres, Bigelf nous prouve que l’héritage musical des 70’s est toujours vivace et qu’il n’est toujours pas démodé. Un bon album à la production moderne qui peut être une bonne introduction à cette période du rock avant de se plonger dans les pères fondateurs – Deep Purple, Black Sabbath, Uriah Heep, Pink Floyd, Led Zeppelin … De plus, le côté “barré désespéré / symphonie décadente”, rock progressif avec du eye-liner trademark Tim Burton (les cinquantes desrnières secondes jouissives de Counting Sheep !) donne un vrai plus à cette musique.

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