Aumgn my god

can_tagomago

Ahh, l’Allemagne… Son Oktoberfest, ses bières, son football rigide et ultra-efficace, sa musique… Non, rassurez-vous, je ne vais pas faire une critique du dernier album de Tokio Hotel. Eh oui, le rock allemand ne se résume pas à ces quatre adolescents boutonneux dénués de tout talent artistique. Il fut une époque, lointaine je sais, où les piliers du rock allemand, s’appelaient Can. Mieux, ils faisaient parti des initiateurs du Krautrock, variante allemande du rock progressif. Bon avant de commencer, âmes sensibles s’abstenir, pénétrer l’univers « Canien » peut laisser des séquelles à vie. Focus sur Tago Mago, leur plus grand chef d’œuvre.

Tago Mago, c’est avant tout un album terriblement schizophrène. Sur le premier CD, on a quarante minutes de prog-rock « classique » (enfin, « classique » d’un point de vue « Canien »). Sur le second, on a quarante minutes de folie incandescente d’une assonance volontaire telle que ça en devient insupportable. Enfin bon, avant de devenir finir à Sainte-Anne, commençons par la partie « soft » de Tago Mago. Attention, comme je l’ai déjà dit précédemment, quand je dis « soft », ne croyez pas que cette première partie est facile d’accès. Au contraire, il faut déjà avoir entraîné ses petites oreilles crasseuses avec du bon vieux psyche-rock des années soixante. Damo Suzuki pose sa voix nonchalante, pendant Michael Karoli nous emporte avec sa guitare au son à la fois pur et agressif. « Paperhouse » est une magnifique introduction en ce sens : calme, le groupe prend ses marques et monte progressivement en puissance. « Mushroom » (référence explicite hein) puis  « Oh Yeah ! » sont deux nouvelles invitations pour s’immerger encore plus dans l’univers « Canien » avant d’attaquer LE gros morceau de Tago Mago : Halleluwah. Dix-huit minutes hypnotisantes, tout simplement. La ligne de batterie terriblement lancinante de Jaki Liebezeit y est pour quelque chose. “Halleluwah” est un monument, qui, sans abandonner une certaine structure, vous emmène tranquillement dans leur monde complètement décalé, un monde parallèle où le mot « forme » n’aurait plus aucun sens. Mais cela n’est rien comparé à ce qui nous attend dans la deuxième partie de l’album. Pour l’instant, on n’a fait que le côte gentil de Can. Place au côté terrifiant.

Oui, une fois « Halleluwah » terminée, on attaque d’entrée la deuxième partie avec « Aumgn ». Outre ce titre qui ne veut absolument rien dire, la puissance de ce titre est au moins proportionnelle au traumatisme musical que ce morceau provoque. Pourquoi un traumatisme ? Ecoutez « Aumgn » sur Spotify et vous comprendrez. Là où la première partie était relativement carrée d’un point de vue structurelle, il n’en est absolument rien pour « Aumgn ». Ce morceau commence certes presque de la même manière que « Paperhouse », mais la comparaison s’arrête là. « Aumgn » est le négatif de « Paperhouse ». Là où « Paperhouse » nous fait planer,  Can nous transporte avec « Aumgn » dans un univers morbide, effrayant, digne des bad trips les plus puissants. Selon mon expérience, la seule fois où j’ai été autant marqué et repoussé par une telle chose, c’était lorsque j’ai entendu les dix minutes du « Frankie Teardrop » de Suicide (à écouter également sur Spotify). Mais contrairement à « Frankie Teardrop » (que je n’ai toujours pas ré-écouté depuis), j’ai insisté sur « Aumgn ». Et après un bon paquet d’écoute, la lumière est venue : je n’étais plus repoussé par ce morceau. Je ne dis pas que je l’écouterai en boucle, mais Can m’a finalement happé dans ce monde cataclysmique. A côté de « Aumgn », « Peking O » paraît presque fade. Presque seulement, faut pas trop déconner. Toujours aussi concept dans la structure et dans la sonorité, mais rien à faire, « Peking O » n’a pas la puissance dévastatrice de « Aumgn ». Pour ne pas se fâcher avec les Dieux, Can a été sympa en concluant cet album par « Bring Me Coffee or Tea », qui reprend les lignes plus soyeuses des quatre premiers titres.

Pour finir, comme d’habitude, une petite vidéo des bestiaux en live :

(désolé, j’ai pas pu vous trouver “Aumgn” en live :))

Comme quoi, je ne vous avais pas menti en introduction : l’Allemagne a, il y a longtemps certes, produit des groupes complètement novateurs. Mais bon, les temps changent, malheureusement…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *