Godspeed chez les Yanqui

Godspeed You! Black Emperor - Yanqui UXO

Lorsque l’on tente d’associer le Canada au rock, on pense souvent d’instinct à Avril Lavigne ou encore Simple Plan (si on peut vraiment appeler ça du rock, moi j’appelle ça de la soupe commerciale vendue comme du rock). Les esprits plus érudits penseront d’emblée à Arcade Fire voire à Godspeed You! Black Emperor. Ca tombe bien, puisque cet article porte sur ce second groupe, et plus particulièrement sur leur dernier album, paru en 2002, Yanqui UXO, un chef d’œuvre du post-rock, un chef d’œuvre tout court.

Je vous sens un peu circonspect : mais diantre, qu’est ce que le post-rock ? En résumé, c’est du rock instrumental hautement avant-gardiste, qui utilise l’instrumentation rock classique de telle manière à créer un rendu et un rythme qui diffèrent du rock classique. Pour la petite info, c’est le groupe Talk Talk, auteur de l’ultra-tubesque, très années 80 et musicalement très basique « Such A Shame », qui a opéré un changement brutal dans leur musique – le succès de « Such a Shame » a bien aidé – et par la même occasion, initié le mouvement Post-rock avec Spirit of Eden et Laughing Stock.

Après cette petite digression, place à Godpseed, et à leur album Yanqui UXO. Tout est une question de crescendo et de decrescendo, de climax et d’anti-climax. La musique de Godspeed, c’est un peu les montagnes russes. Autant musicalement qu’émotionnellement d’ailleurs. On passe par toutes les émotions lorsque l’on écoute cet album : tantôt émerveillé devant une telle beauté, tantôt dépassé par une telle puissance, tantôt désespéré par une telle mélancolie, tantôt horrifié devant une telle violence, tantôt surpris par une telle légèreté. Godspeed, et plus particulièrement l’album Yanqui UXO, c’est tout ça à la fois.

Passons à l’album en lui-même. Attention, vous qui êtes habitués aux traditionnels albums de quarante minutes, vous en serez pour vos frais : il faut être patient avec Godspeed, l’album dure environ 75 minutes, et les pistes durent en moyenne 15 minutes. L’album commence donc avec  « 09-15-00 », qui est divisé en deux parties, la deuxième partie étant en quelque sorte le négatif de la première. Cette dernière commence comme souvent chez Godspeed très doucement, mène son petit bonhomme de chemin en nous assommant avec sa mélancolie terrible, titube en parcours, chute, se relève, re-chute, avant de s’affirmer définitivement pour nous exploser à la figure telle une bombe à retardement. Et alors qu’on peut croire qu’une telle explosion est suffisamment marquante, Godspeed nous prend à contre-pied en repartant à toute allure, pour nous asséner le coup de grâce. La deuxième partie, qui commence juste après ce deuxième climax, permet à l’auditeur, KO, de reprendre peu à peu ses esprits, surtout vu la suite de l’album.

Oui, car « Rockets Fall on Rocket Falls », c’est du lourd. Du très très lourd même. Ca commence doucement comme toujours, mais ça se décante beaucoup plus vite et beaucoup plus violemment : pas de round d’observation, Godspeed nous colle direct un premier uppercut du droit dans un tourbillon de violence et terreur. Petit break, puis ça repart très vite et très fort : ce n’est plus un uppercut, ce n’est plus un tourbillon, c’est un véritable tsunami qui emporte tout sur son passage et qui détruit absolument tout. Le réveil n’en est que plus douloureux : grave, solennel, constatant l’ampleur des dégâts. La reconstruction est difficile, et pourtant… Comme par enchantement, la vie reprend ses droits progressivement, difficilement, avant de rayonner une dernière fois dans une petite lueur d’espoir.

Il nous reste encore un morceau, encore une fois divisé en deux parties : « Motherfucker=Redeemer » (tout un programme). Des trois morceaux de cet album, c’est le plus rapide, le plus dynamique et peut-être le moins « agressif », surtout en ce qui concerne sa première partie. Devant le premier climax de cette œuvre, on est avant tout émerveillé par sa beauté et par sa puissance, plus que par sa violence et son côté dévastateur. Cette puissance contraste en tout cas avec l’incroyable mélancolie qui suit ce premier climax, qui essaie de laisser sa place à la fin de la première partie à un certain espoir, mais sans grande conviction. La deuxième partie commence là où la première partie nous avait laissé. Mais contrairement à la deuxième partie de « 09-15-00 », qui était le contre-coup immédiat de la première partie, la deuxième partie de « Motherfucker=Redeemer », qui clôt l’album, se veut bien plus intense. Elle condense en dix minutes (contre vingt minutes pour la première partie et pour « Rocket Falls on Rocket Falls ») tout Godspeed : crescendo, explosion, contre-coup, nouvelle explosion. Et vu qu’elle a deux fois moins de temps pour faire tout ça, l’intensité n’en est que plus grande. Le dernier point culminant de cet album est d’une intensité absolument incroyable, avant de laisser sa place à une nappe de violon qui s’interrompt brusquement après un bref crescendo. Comme un symbole : alors que Godspeed s’était efforcé d’être plus ou moins progressif durant cet album, le groupe nous prend encore une fois à contre-pied en finissant l’album de façon brutale.

Que dire pour finir sur Yanqui UXO ? Cet album est vraiment marquant, intense, difficile, violent, exaltant, mais avant tout, il est beau. Et c’est bien ça le principal. Avant de se quitter, la première moitié de « Rockets Fall on Rocket Falls », qui inclut le plus gros climax du morceau (au passage, même si ce n’est pas une vidéo officielle, il faut reconnaître que le film colle parfaitement à la musique) :

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