Le repos en musique

Iron & Wine – Our Endless Numbered Days

Iron & Wine - Our Endless Numbered Days

Sur notre bonne vieille Terre, il existe de nombreuses catégories de chansons. Il y a celles qui bougent bien ; celles qui sont de l’Art ; celles qui permettent d’emballer sur le dancefloor de notre boite préférée (il va sans dire que ce sont celles-là qui sont les plus importantes…) ; celles qui sont purement et simplement de la merde et qu’écoutent donc tous les dzeuns décérébrés, incultes et hébétés mais fiers d’écouter leur musique à deux balles ; et (oui je sais ma phrase est un peu longue) celles qui ne sont ni extraordinaires ni mauvaises, mais qui ont le bienfait de reposer nos oreilles fatiguées (par une journée de prépa, ou par une écoute sous contrainte d’une « chanson » ( ?) de Mylène Farmer (beurk), ou de Tina Arena (re-beurk), etc…)

Le deuxième album d’Iron & Wine, Our Endless Numbered Days, fait parti de cette dernière catégorie musicale. Constitué de mélodies sucrées, pas forcément très innovantes mais pas complaisantes pour autant, Our Endless Numbered Days est une merveille de légèreté. Palme spéciale de la sérénité et de la douceur à Naked As We Came, qui nous fait le coup de la ballade sympathique et reposante.

Sunset Soon Forgotten, avec sa guitare sans soucis ni complexes, offre une rengaine agréable ; Teeth In The Grass se paye le luxe d’avoir un refrain entêtant ; Love and Some Verses ajoute un baume baba cool, susurré et gentil, à l’ensemble.

Au rayon « Plus bisounours et roudoudou que ça, tu meurs », on notera Sodom, South Georgia, et également Each Coming Night, qui reste néanmoins réellement belle, avec ses paroles tristes et sa mélodie chaleureuse.

Fever Dream, Radio War (avec son côté « harpe » même si je crois que c’est un banjo), et On Your Wings n’ajoutent rien de formidable à l’ensemble, voire frôlent parfois le répétitif. Cinder and Smoke est pleine de bonnes intentions mais se noie dans une fin vocale un peu baroque (du moins par rapport au reste du disque). Free Until They Cut Me Down est un effort bienvenu pour briser un peu la monotonie de l’ensemble, mais au final c’est un peu raté, et on passe vite sur cette chanson.

Il ne fallait pas que l’album fasse plus de douze pistes, sans quoi on aurait franchement commencé à s’ennuyer. Ainsi Passing Afternoon clôt le tout, avec un air tranquille, comme d’hab’ me direz vous, mais parfait pour finir dans une continuité musicale assumée tout du long.

Au final, Our Endless Numbered Days n’est pas un disque formidable. Il n’offre aucune chanson universelle, de celles qui ne s’épuisent jamais. Et, à vrai dire, si on ne fait pas l’effort d’écouter ce disque avec une oreille attentive, on aura très vite l’impression que les chansons se ressemblent plus ou moins. Alors, oui, Our Endless Numberered Days sera vite oublié.

Mais si Iron & Wine ne nous offre pas un Chef-d’œuvre, loin de là, il ne nous livre pas moins quelque chose de précieux : un album d’été, que l’on met le crépuscule venu, en se reposant sur une vieille chaise qui craque sous notre poids, sur la terrasse de bois ancien d’une chaumière perdue dans des vallons parsemés de forêts vénérables, entouré par les antiennes millénaires de criquets invisibles ; un album d’été, que l’on écoute sous la lumière mourante du jour, sous les derniers rayons chauds du soleil ; un album d’été, que l’on écoute en repensant à l’hiver précédent, en repensant au temps passé et malheureux, froid et douloureux, en songeant à la vie et à ses difficultés, pour finalement se dire, là, perdu dans ce paysage idyllique et vierge, chaleureux et calme, avec cette musique près de soi, que, quand même, ça vaut le coup. D’être là. De vivre. Malgré tout.

En prime, les paroles de Naked As We Came, parce que, moi, je suis comme ça, moi, la bonté incarnée, simplement, le mec trop choupinet, quoi ! Alors on se tait, on met le son, et on lit en remerciant le Monsieur trop choupinet, là, voilà :

Naked As We Came

She says “wake up, it’s no use pretending”
I’ll keep stealing, breathing her.
Birds are leaving over autumn’s ending
One of us will die inside these arms
Eyes wide open, naked as we came
One will spread our ashes ’round the yard
She says “If I leave before you, darling
Don’t you waste me in the ground”
I lay smiling like our sleeping children
One of us will die inside these arms
Eyes wide open, naked as we came
One will spread our ashes round the yard

PS : Je rappellerai qu’Iron & Wine fut l’auteur d’une reprise très intelligente de Such Great Heights de The Postale Service, et je recommande à tous et à toutes d’aller acheter (légalement ou illégalement, ou les deux !) cette belle chanson. Pour les petits rigolos, je conseille également de comparer la version originale de The Postale Service avec sa reprise par Iron & Wine, c’est un exercice très drôle (si ! si ! vraiment !) et puis ça nous apprend toujours quelque chose sur la création et la recréation musicale.

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