Joy Division, pas si joyeux que ça

Joy Division - Closer

Ca faisait un certain temps que je n’avais pas rédigé d’article musical. Et pourtant, j’ai l’embarras du choix : devais-je rédiger une critique du premier album de Freak Power, qui mélange avec brio acid jazz, funk et soul, de l’unique album de Derek and the Dominos ou encore du tout premier album de Pink Floyd, le méconnu The Piper at the Gates of Dawn – qui restera à jamais l’unique album composé essentiellement par le génial et regretté Syd Barrett ? Non, il ne sera pas question de ces albums dans cette critique. Une autre fois sans doute. Dans cette critique, il sera question de Joy Division, et de leur masterpiece sortie à titre posthume, Closer – aucun rapport avec le magazine hautement intellectuel (Robert U, je pense à toi), ne vous inquiétez pas.

Ian Curtis
Ian Curtis

Joy Division, c’est avant tout l’histoire d’un mec, Ian Curtis, qui se faisait chier dans la banlieue morose de Manchester – Mark E. Smith de The Fall disait bien, dans une de ses chansons, que « The North will rise again », enfin faut reconnaître que le nord industrieux de l’Angleterre faisait pas vraiment rêver – et qui, après avoir vu les Sex Pistols en concert en 1976, décida de monter un groupe. Ce qui allait devenir Joy Division est né. Mais en 1980, l’aventure tourne court, et pour cause : Ian Curtis se suicide chez lui, terrassé entre autres par un mariage raté à seulement 22 ans et des crises d’épilepsie de plus en plus violentes et fréquentes. Soit dit en passant, je vous conseille l’excellent biopic de Anton Corbijn, Control, consacré à la vie de Ian Curtis, ses hauts, ses bas, sa descente aux enfers, sa mort.

Place à l’album, Closer. Ce qui frappe lorsque l’on écoute un album de Joy Division, c’est l’univers glauque qui s’installe très rapidement, un univers qui a fini par avoir eu raison de Curtis. « Atrocity Exhibition » – rien que le titre respire la mort –, chanson qui ouvre l’album, en est le parfait symbole. La basse devient vite omniprésente, on reste dans les tons graves et c’est là que Ian Curtis nous assène le coup de grâce en posant sa voix de damné, sur des mélodies lancinantes et désespérantes de noirceur. On est très loin de l’esprit punk qui avait réuni Curtis et sa bande à l’origine. Seule « Isolation » – qui est une de mes chansons préférées de Joy Division – nous fait miroiter une certaine lueur d’espoir, et encore, c’est beaucoup dire. Mais ce n’est qu’un leurre.

En effet, ne vous y trompez pas, la suite n’est qu’un enchaînement de chansons à la fois menaçantes, sombres et respirant la mort. La fin de l’album est comme un symbole : l’enchaînement « The Eternal »/ « Decades » clôture non seulement l’album, mais également la brève carrière de Joy Division, et on le ressent bien lorsque l’on écoute ces deux chansons. On bascule dans un autre univers : la noirceur menaçante des précédents morceaux devient soudainement atmosphérique. Le rythme se ralentit nettement, comme pour marquer le chant du cygne de ce groupe génial. Joy Division ne combat plus : la mort, qui n’était que menaçante et latente au début de l’album, a définitivement pris le dessus.

Avec ce deuxième – et dernier – album, Joy  Division dépasse toutes les limites de l’univers glauque et mortuaire : il est certes plus difficile à écouter que son prédécesseur, Unknown Pleasures – que je vous conseille par la même occasion – mais il va également plus loin et devient vite beaucoup plus intense que ce dernier. Le deuxième album est souvent le piège à éviter pour tout groupe ayant produit un excellent premier opus : Joy Division, quelques mois après la mort de son chanteur, a parfaitement évité ce piège, et permet de clôturer le chapitre Joy Division avec brio, avant de commencer une nouvelle aventure, sous le nom de New Order, qui ne connaîtra jamais les mêmes sommets que Joy Division – on ne remplace pas Ian Curtis comme ça. Allez, avant de se quitter, une petite vidéo :

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