Sonata Arctica – The Days of Grays

Revenons rapidement sur la discographie de Sonata Arctica. Le groupe publie son debut album, Ecliptica, en 1997, du power metal pur jus. L’album est parfait, et son successeur, Silence, n’a pas à rougir de la comparaison : avec un seul morceau faible (Sing In Silence) et l’enchaînement final de de hits incroyables (Wolf and Raven et The Power of One), Sonata apparaissait comme une nouvelle valeur sûre du power metal.

Mais voilà que la machine a des ratés : Winterheart’s Guild ne comporte que deux idées de morceaux, Reckoning Night mêle le meilleur et le pire. Unia, sorti en 2007, dernier album avec le guitariste Jani Liimatainen, l’autre âme du groupe avec le chanteur Tony Kakko, avait divisé les fans comme jamais. Sonata s’y dirigeait en effet vers un metal progressif mélodique très loin de ses racines, et les expérimentations ont pris les auditeurs totalement par surprise. Avec le départ de Jani pour raisons personnelles, tout le monde attendait Kakko avec le prochain album. Que va t-il faire de “son” groupe ? Revenir au power ? Continuer et être encore plus bizarre ? Nenni, Il nous livre avec The Days of Grays un album bien maîtrisé de metal mélodique assez original et souvent très efficace.


Son
Kakko, joueur, fait commencer l’album sur la version instrumentale de la dernière piste, Everything fades to Gray. On découvre donc un morceau plein d’orchestration sans surcharge, plutôt lent. Bien agréable, mais l’album, quand commence t-il, alors ? Et bien dès la fin de cet instrumental, nous voilà confronté à Deathaura, morceau-concept de 8 minutes, lui aussi très orchestré mais contenant son pesant de riff heavy mélangé à des parties mélodiques. L’ambiance rappelle fortement les collaborations de Tim Burton et Danny Elfman. Symphonique, ambitieux mais efficace, Deathaura étonne et rassure. Et cette ambiance Tim Burton, sombre et théâtrale, se retrouve – et c’est tant mieux – sur d’autres morceaux, comme le duo génial composé de The Dead Skin, morceau assez heavy mais ménageant un refrain immédiatement retenu, et Juliet, émouvant. Dans une moindre mesure sur la ballade Breathing. Mais Sonata ne se limite pas à cette esthétique, notamment avec Flag in the Ground, morceau très typé power metal, une ancienne composition de 1996 qui a subi un lifting plutôt réussi, même si le morceau est vraiment en rupture avec le reste de l’album, bien que la section rythmique durant les couplets, guitare mutée et claviers, reste caractéristique du son récent du groupe. On note d’ailleurs un retour des claviers, comme sur No Dream can Heal a Broken Heart (les sonorités clavecins sont une sympathique référence aux débuts du groupe), Breathing, ou The Last Amazing Grays, morceau très bien mené, avec un petit côté progressif qui est une autre caractéristique du son de cet album : un riffing complexe mais pas trop, juste ce qu’il faut pour apporter des nouveaux éléments avec efficacité. Conséquence que certains déploreront : la guitare est souvent limitée à la rythmique. Le jeu de batterie est assez large, il fonctionne bien. La basse est bien utilisée notamment pendant des couplets ou des breaks.

Chant et textes L’un des points marquants de cet album. Tony Kakko a beaucoup travaillé sur son chant, en enregistrement ou en post-production. Ainsi il réussit à donner une teinte plus agressive qui sonne bien (James LaBrie ou Fabio Lione de Rhapsody ne peuvent pas en dire autant …) comme sur le pétage de câble de Flag In the Ground, tout en gardant son timbre si particulier et sa (très) belle voix. Beaucoup de choeurs et de superpositions de voix sont utilisés, on note d’ailleurs dans Deathaura et No Dream can Heal a Broken Heart la participation d’une chanteuse, un ajout qui fonctionne bien. Des effets, plus ou moins heureux, sont aussi utilisés, comme dans The Dead Skin ou dans Zeroes, morceau étrange et un peu boiteux, victime collatérale du songwriting progressif récent du groupe. Les textes sont comme d’habitudes bien écrits et l’alliance avec la voix donne un très beau résultat (le passage “Don’t smile, don’t you smile” de Juliet est superbe …), bien que des phrasés se retrouvent d’une chanson à l’autre.

Impression … J’aimerais beaucoup dire que cet album est l’un des meilleurs albums de Sonata Arcica. D’ailleurs je le dis : depuis Silence, le groupe ne nous avait pas donné un album avec autant de qualités. Malgré tout, quelque chose coince. Peut-être est-ce le fait que pour moi, un “bon” album de Sonata, c’est un album parfait ou presque comme les deux premières livraisons. Il ne faut pas oublier que Sonata Arctica est un “jeune” groupe, qui paradoxalement publie ici son premier album “plutôt bien”. Alors oui, c’est un bon album, oui, le feeling est original, oui, certaines compos sont des tueries, il n’empêche qu’entre Flag In the Ground qui n’a pas grand-chose à faire là, As If the World Wasn’t Ending qui ne sert à rien, Zeroes qui est un peu raté, et la présence d’une version instrumentale et chantée du même morceau, on a l’impression que la tracklist aurait pu être un peu élaguée. A noter que la bonus track In The Dark est très sympa et remplit bien son rôle de bonus puisqu’elle n’est pas exactement dans le trip de l’album, malgré le fait que ce soit un morceau plutôt lent et avec un final orchestral. En résumé, un album très sympathique, qui montre que Sonata évolue bien et continue d’avoir un potentiel créatif exemplaire malgré une ou deux tentatives dispensables. Ceux qui voulaient un pur album de power metal n’y trouveront pas leur compte, mais il serait dommage de passer à côté de ce bon album assez original. Ce n’est simplement l’album de retour “qui met tout le monde d’accord”, simplement un album de “retour aux affaires” qui redonne confiance en Sonata. Et c’est déjà pas mal.

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