Van Der Graaf Generator – A Grounding in Numbers

 

Van Der Graaf Generator est un de ces grands groupes mythiques qui ont participé à faire du rock progressif un genre en pleine expansion pendant les années 70, avec King Crimson, Jethro Tull, Genesis, Pink Floyd, Gentle Giant, Emerson Lake and Palmer, et d’autres. Leurs albums Pawn Hearts, Godbluff et Still Life sont régulièrement cités comme des perles du genre. Après plus de quarante ans (!) d’existence, le groupe est encore vivant, et, encore mieux, ne compte plus que des membres originaux qui se sont repliés sous la forme d’un trio ((Hugh Banton, Peter Hammill et Guy Evans). A  Grounding in Numbers, leur dernier disque, sorti en mars dernier, et une petite machine à remonter le temps dans laquelle on entre avec plaisir.

 

Son Le son du disque est résolument ancré dans les sonorités 70’s. Les claviers, la basse, la guitare, la batterie, bref, toutes les parties instrumentales sont composées et arrangées dans l’esprit sonore de cette période dorée. La production est décente et met au goût du jour ces sons – personnellement, j’ai trouvé que c’était un plaisir de replonger dans une telle ambiance avec un son 2011. Les claviers sont très présents, tandis que la guitare est mixée plus discrètement, à l’exception de quelques rares morceaux comme Highly Strung qui évolue dans un esprit rock-single qui mue vers du prog plus fou. Un point qui diffère grandement des albums de Van Der Graaf Generator des années 70 est la longueur des pistes : il y a quarante ans (et oui, déjà …), la moyenne des morceaux du groupe se situait autour de dix minutes. Ici,  le morceau plus long, All over the place  (qui est aussi le morceau de clôture) fait … six minutes. Il ne s’agit pas d’un défaut, simplement de choix, qui entraîne comme conséquence (à mon avis heureuse) de resserrer les morceaux autour de leurs ambiances. De plus, les compositions sont assez matures et aucune ne souffre selon moi d’anémie. Autre conséquence de la taille réduite des morceaux de A Grounding in Numbers : le nombre de pistes – pas moins de treize compositions sont alignées sur la galette, dont deux courts instrumentaux, Red Baron et Splink (2:23 et 2:37), qui sont d’ailleurs franchement dispensables, très atmosphériques et trop court pour marquer l’auditeur. C’est donc un petit florilège d’ambiances que nous propose le Générateur, même si tous les morceaux partagent cette nostalgie déjà évoquée. Ainsi, le morceau Snake Oil ne dure “que” 5:20 mais pose avec efficacité deux périodes, l’une majeure et limite dansante, l’autres dépressive qui devient petit à petit effrayante … Avant de revenir sur le premier mouvement. La diversité des sons de claviers – qui au cours de l’album passe du piano à l’orgue électronique, du clavecin au xylophone- et les overdubs de guitare permettent une densité de composition fort appréciable, qui permet aussi d’éloigner des égarements indésirables (*tousse*Systematic Chaos*tousse tousse*).

A Grounding in Numbers commence sur le très joli Your Time Starts Now, probablement l’un des plus mélodiques du disque, qui forme avec Mathematics un couple de morceaux progressifs tranquilles posés en slow jazz feel. Le ton lyrique est une bonne entrée à ce disque qui ira en se complexifiant petit à petit – dès Highly Strung, les morceaux se mettent à surprendre, puis s’installent avec sérénité dans le territoire du classic prog avec l’assurance de ceux qui s’y connaissent – Mr. Sands, Snake Oil et Smoke (qui me rappelle un peu Gentle Giant dans les couplets) en sont de bons exemples. Les instruments suivent très bien – de la guitare hymne du refrain de Highly Strung à la batterie slow jazz de Mathematics en passant par les patterns typiquement prog du court 5533. La basse soutient vraiment les compositions, ce que l’on est en droit d’attendre au vu du genre et du son, et a même droit à des soli comme dans All Over the Place, qui est ce qui se rapproche le plus d’un “epic” dans le cadre de ce disque, avec le très narratif Bunsho.

Chant et textes Si l’on aurait pu croire à un concept album au vu du titre, seuls les morceaux Mathematics et 5533 sont vraiment “ancrés dans les nombres”, réussissant  le challenge de rendre des formules mathématiques crédible mélodiquement pour le premier (“e to the power of i times pi plus one is zero”). Les autres morceaux fonctionnent indépendamment les uns des autres. Bunsho, très narratif comme dit au-dessus, raconte l’histoire d’un artiste japonais face aux affres du jugement de la populace – ce qu’il pense être sa plus belle oeuvre est ignorée alors que ce qu’il pensait n’être qu’un pastiche sans intérêt en fait pleurer plus d’un. La thématique de la création et du public se retrouve dans une certaine mesure avec Snake Oil. Les textes sont bien trouvés sans être un complément parfait à la musique, certains morceaux (Medusa, Mathematics, 5533) n’ont que très peu de lignes.

La voix de Peter Hammill fonctionne comme il faut dans cet environnement progressif nostalgique : sans être un Steve Hogarth ou un Peter Gabriel, son chant contribue à donner l’ambiance posée de l’album. Les choeurs et harmonies sont nombreuses, rappelant tantôt le vieux Van Der Graaf, tantôt Gentle Giant – dans tous les cas, ils nous font revenir à l’époque où ils étaient maîtrisés ainsi que monnaie courante.

Impression A Grounding in Numbers est à n’en pas douter un bon album. Ses compositions sont denses, matures et variées, la production est léchée, et si l’on retire Red Baron et Splink, restent tout de même onze bons morceaux. Il ne s’agit pas de la première d’une résurrection du rock progressif à l’ancienne, mais d’un exercice de style –  Hugh Banton, Guy Evans et Peter Hammill montrent ici ce qu’ils savent faire, et ils le font bien. Remercions-les donc et adressons notre respect à ces vieux briscards qui continuent de tracer leur petit bonhomme de chemin, trente ans après la perte significative d’intérêt du grand public pour le courant musical dont ils ont participé à écrire l’histoire.

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