It’s (a review of) Arrested Development

Non, je ne suis pas mort. Ok, mon dernier article date de mars 2011, mais depuis, j’en ai profité pour ingurgiter un grand nombre de séries telles que The Office (version US), Parks and Recreation, 30 Rock ou encore Arrested Development. En bref, j’ai de quoi reviewer tranquille pendant les prochaines semaines. Pour commencer, je vais vous parler de la dernière série sus-citée, Arrested Development, qui a été diffusée sur la FOX de novembre 2003 à février 2006, et qui fait partie de ce genre de séries adulées par les critiques mais n’ayant pas su rencontrer son public. Arrested Development a d’ailleurs été annulée en cours de saison, faute d’audience. Cela ne l’a pas empêché de développer un cult following très important au fil des années. Et selon moi, ce cult following est largement justifié. Paradoxalement, les raisons pour expliquer ce cult following sont plus ou moins les mêmes que celles pour expliquer les mauvaises audiences de la série lors de sa diffusion.

Le synopsis de cette série est plutôt classique. Le générique le résume parfaitement au début de chaque épisode : “Now the story of a wealthy family who lost everything, and the one son who had no choice but to keep them all together. It’s Arrested Development.” D’ailleurs soit dit en passant, à chaque fois que j’entends la voix d’un narrateur dans un générique, je pense à K2000 et à son générique mythi-kitsch. Je m’éloigne un peu du sujet. Revenons à Arrested Development. Donc pour faire encore plus simple, comme ont pu le faire les Simpson ou Malcolm, Arrested Development évoque les problèmes d’une famille loin d’être parfaite, qui vivait dans l’opulence jusqu’à ce que le patriarche de la famille, George Bluth Sr. (joué par Jeffrey Tambor) ne se fasse arrêter et mettre en prison pour escroquerie. Il n’y a bien que Michael Bluth (Jason Bateman), son fils bosseur et honnête, ou encore son petit-fils et fils de Michael, George Michael (Michael Cera), encore plus bosseur et honnête, pour relever le niveau. Les autres membres de la famille sont tous plus caricaturaux les uns que les autres. Tout d’abord, la mère de Michael, Lucille (Jessica Taylor) est totalement narcissique, manipulatrice et égoïste, et cerise sur le gâteau, elle n’est pas spécialement attentionnée à l’égard de ses enfants. En parlant d’eux, les deux frères et la sœur jumelle de Michael ne sont pas mal non plus : son frère aîné George Oscar, ou G.O.B. – à prononcer Job, comme le personnage biblique – (Will Arnett) est un magicien raté, jaloux de son frère ; son petit frère Buster (Tony Hale) est tellement couvé par sa mère qu’il est totalement asocial ; sa sœur jumelle Lindsay (Portia de Rossi) est l’auto-proclamée progressiste de la famille, bien qu’elle ait essentiellement profité de la fortune de sa famille pour faire partie d’une certaine élite sociale. Il y a également Tobias Fünke (David Cross), le mari de Lindsay, homosexuel refoulé, ancien « analrapist » (un mélange entre « analyst » et « therapist », à prononcer « uh-NAHL-ruh-pist ») ayant perdu sa licence de docteur pour avoir pratiqué un massage cardiaque à une personne faisant une sieste, et souhaitant commencer une carrière d’acteur, et leur fille Maeby (Alia Shawkat), la rebelle qui fait tout pour énerver ses parents. Enfin, n’oublions pas le narrateur (Ron Howard), qui raconte l’histoire en voix-off et qui en profite pour faire des blagues toujours très bien senties. Comme dans beaucoup de sitcoms, les personnages sont hauts en couleur. Et comme je l’ai déjà écrit dans la review de Seinfeld, cela n’est pas suffisant.

Alors, en quoi Arrested Development se différencie-t-elle des autres sitcoms ? En deux mots : audace et subtilité. Ne vous inquiétez pas, je vais développer. Arrested Development, contrairement aux sitcoms traditionnelles, fait un usage massif de références à d’autres séries mais également à elle-même. L’épisode écrit et diffusé après l’annonce de la FOX de réduire le nombre d’épisodes de la troisième (et dernière) saison à 13 (au lieu de 22) est un modèle du genre : sans trop spoiler, cet épisode est une satire de la situation très précaire de la sitcom (« cachée » derrière la situation précaire des Bluths dans l’épisode) et des moyens utilisés par d’autres sitcoms (tels que l’annonce de la mort d’un personnage ou encore des guest-stars prestigieuses) pour tenter d’augmenter les audiences. Le résultat est purement hilarant. Je ne peux pas insister davantage sur l’intelligence de l’écriture, les dialogues concoctés entre autres par Mitchell Hurwitz, le créateur de la série, étant particulièrement savoureux.

Une phrase lourde de sous-entendus par Tobias...

L’autre point fort de Arrested Development est qu’on peut la regarder autant de fois que l’on veut et toujours découvrir une référence ou une blague que l’on n’avait pas perçu auparavant, et je parle en connaissance de cause. Par exemple, à un moment, on peut voir le personnage joué par Henry Winkler (plus connu comme étant Fonzie dans Happy Days), l’avocat incompétent et déjanté de la famille, sauter au-dessus d’un requin mort. La scène dure une seconde, et ne présente a priori pas grand intérêt. Mais quand je vous ai dit que Arrested Development aimait faire référence à d’autres séries, je ne vous mentais pas : en effet, cette scène fait écho à Fonzie sautant par-dessus un requin en ski nautique dans Happy Days, scène mythique s’il en est car elle a marqué le déclin de cette série, et est devenu une expression pour désigner une série dont la qualité baisse. Ces bonus – car clairement, même sans capter ces petites références, les dialogues et la qualité du jeu d’acteur sont suffisamment excellents pour profiter pleinement de la série – montrent encore plus le génie de cette série. Par ailleurs, ces références font appel à l’intelligence du téléspectateur, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.

Malheureusement, pour beaucoup d’Américains, cela était un peu trop compliqué, et la série n’a jamais pu trouver son public. Il faut en effet reconnaître que cette série peut être difficile à suivre si on ne l’a pas suivi depuis le début : en effet, l’humour « direct » de la série s’appuie notamment sur des références à des situations ou des épisodes passés. Dans ce contexte, pour la FOX, il est très difficile d’attirer de nouveaux téléspectateurs. De plus, l’un des points forts que je viens d’évoquer, à savoir les références subtiles, n’est pas évident à utiliser dans le cadre de la promotion de cette série – après tout, par définition, ces références sont subtiles donc c’est au téléspectateur de les trouver. C’était le problème principal de Arrested Development : la série est construite de telle sorte que la conquête de nouveaux téléspectateurs, n’ayant jamais regardé d’épisodes auparavant, soit difficile. Donc finalement, il n’est pas si étonnant que cette série ait échoué du point de vue des audiences aux Etats-Unis, le pays venant de sortir d’une décennie de Friends, qui est l’archétype de la sitcom traditionnelle. Cette originalité lui a finalement été fatale.

Il faut dire que Arrested Development n’était pas la première série à pâtir de son originalité : Futurama, aussi diffusée par la FOX à l’époque, a été annulée après quatre saisons (avant de revenir sous la forme de films entre 2007 et 2009, puis sous un format traditionnel depuis 2010 sur Comedy Central), et Seinfeld a connu des audiences plus que moyennes durant ses premières saisons – les réactions concernant le pilote étaient très négatives et la décision de commander des épisodes pour la première et la deuxième saison relevait plus du coup de poker que de la réelle conviction.

Cependant, la situation a bien changé au cours des années : les mauvaises audiences se sont transformées en cult following, et la base de fans de Arrested Development est toujours aussi forte, même cinq après l’arrêt de la série. D’ailleurs, un film est en cours d’écriture : Mitchell Hurwitz est aux commandes, et les acteurs de la série reprendront leur rôle respectif. Il est prévu pour 2012. Ça promet !

Pour finir, deux petites vidéos, la première montrant que chez les Bluths, on n’a sans doute jamais vu un poulet en vrai, la seconde étant un hommage à Tobias.

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