Enthousiasmons-nous pour Curb Your Enthusiasm !

C’est l’histoire d’un homme qui est devenu multimillionnaire grâce à une série désormais mythique, et reviewée il y a quelque temps sur OmniZine, j’ai nommé Seinfeld. Mais cet homme n’est pas Jerry Seinfeld, non, il s’agit de Larry David, son comparse, l’homme qui a servi d’inspiration au génialissime George Costanza. Excusez du peu. Si Seinfeld est désormais aussi mythique, c’est donc en partie grâce à lui. Mais comment rebondit-on après l’arrêt d’une série aussi iconique ? Si Jerry Seinfeld a préféré se mettre un peu en retrait du monde du show business avant de revenir sur scène avec succès, les autres acteurs, Jason Alexander, Julia Louis-Dreyfus et Michael Richards, ont eu moins de réussite – dans une moindre mesure pour Julia Louis-Dreyfus, qui après plusieurs échecs, a réussi à se défaire de Seinfeld avec The New Adventures of Old Christine, qui fut bien reçue par le public et les critiques. Quid de Larry David, l’homme de l’ombre ? Qu’est donc devenu le co-créateur d’une des sitcoms les plus emblématiques de la télévision américaine ? C’est cette histoire que tente de raconter Curb Your Enthusiasm, une sitcom diffusée sur HBO depuis 2000, et dont la huitième saison a été diffusée cet été.

Dans le monde de Curb Your Enthusiasm, Larry David, ou du moins sa version romancée, mène une vie – presque – paisible de semi-retraité, dans sa villa de Los Angeles. Il est marié à la ravissante Cheryl (jouée par Cheryl Hines) et passe le plus clair de son temps avec son manager et meilleur ami Jeff Green (joué par Jeff Garlin), sa femme très caractérielle Susie (joué par Susie Essman), et une version romancée de l’humoriste et ami d’enfance Richard Lewis, ou encore de l’acteur Ted Danson et de sa femme, également actrice, Mary Steenburgen. Cette vie serait parfaite si Larry David n’était pas un être égocentrique, socialement maladroit – les fameux « Larry David moments » qui se terminent souvent, au mieux, par un silence gêné, au pire, par l’indignation de votre interlocuteur – ou encore incapable de se soumettre aux coutumes sociales les plus insignifiantes – par exemple chanter « joyeux anniversaire » à une soirée d’anniversaire. Et en plus, il n’est spécialement chanceux et il est souvent la victime malheureuse de malentendus invraisemblables. En un sens, malgré sa lâcheté, sa misanthropie et son égocentrisme, Larry David est presque un brave type, qui n’hésite pas à passer pour un con pour défendre une certaine justice, sa vision de la justice : à bien des égards, la justice version Larry David est loin d’être absurde, mais est finalement entravée par l’égocentrisme des autres protagonistes, et qui font de lui le « bad guy ». Un petit exemple pour montrer ça : Larry David est au restaurant avec des amis, mais une famille afro-américaine assise à la table d’à côté fait trop de bruit et dérange Larry David. Ni une ni deux, Larry David leur demande de baisser un peu de ton, chose parfaitement légitime – « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres », ça date des Lumières après tout. Malheureusement, la famille afro-américaine ne l’entend pas de cette oreille et n’hésite pas à traiter Larry David de raciste, alors que ce dernier était dans son bon droit. Là où Larry David n’a vraiment pas de chance, c’est que le détective privé qu’il tente d’engager pour enquêter sur une affaire personnelle connaît cette famille : le mot s’étant répandu, il exige à Larry David une rémunération plus élevée si ce dernier veut l’engager… Ceci est un exemple parmi tant d’autres où Larry David est un incompris qui pâtit de sa volonté de rétablir une certaine justice sociale.

Il y a un Larry David en chacun de nous…

Curb Your Enthusiasm fait très souvent mouche : les situations sont toujours drôles, les dialogues semi-improvisés – dans Curb Your Enthusiasm, il n’y a pas de script à proprement parler, mais simplement des notes de quelques pages sur lesquelles s’appuient les acteurs – sont acerbes et de qualité, le jeu des différents acteurs est remarquablement crédible. Mais bien sûr, ce qui fait que Curb Your Enthusiasm est à mon avis une des toutes meilleures séries à l’heure actuelle, c’est le personnage de Larry David. Le vrai Larry David a d’ailleurs déclaré qu’il rêvait d’être plus comme sa version romancée, mais que cela n’était pas possible parce qu’il avait une « conscience sociale », contrairement au Larry David de Curb Your Enthusiasm. Après tout, il y a un Larry David qui sommeille en chacun de nous, une partie de soi révoltée par des coutumes sociales débiles mais qui n’ose pas se plaindre par peur de passer pour un con asocial. C’est pour ça que Curb Your Enthusiasm est si drôle : le téléspectateur peut revivre des situations qui lui sont déjà arrivés, mais sous l’angle de Larry David, qui n’hésite pas, contrairement au téléspectateur, à aller au bout de ses idées, toujours à son détriment, mais pour notre plus grand plaisir. Et bien sûr, Larry David a son lot de théories, pas forcément débiles, sur le « stop and chat », le « chat and cut », ou encore sur des sujets plus sérieux tels que le prosélytisme ou encore l’homosexualité chez les enfants en inventant le concept de « pré-gay ». Bien sûr, cette liste est loin d’être exhaustive, et montre que Larry David a un mot – drôle – à dire sur tout et n’importe quoi. L’humour de Curb Your Enthusiasm est toujours fin et réussit à être sarcastique sans être pour autant gratuitement méchant ou malicieux.

Comme vous pouvez le voir, les scènes de la vie quotidienne sont le cœur de cible de Curb Your Enthusiasm. Cela ne vous rappelle-t-il pas une certaine série mythique des années 90 ? C’est simple : selon moi, Curb Your Enthusiasm n’est rien d’autre qu’un Seinfeld désinhibé, ce qui, venant d’un énorme fan de Seinfeld est un énorme compliment. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’organisation d’un reunion show de Seinfeld est l’arc narratif principal d’une saison de Curb Your EnthusiasmSeinfeld, parce qu’elle était diffusée sur un grand network américain, NBC, avait une contrainte d’audience : le postulat de départ, le fameux « show about nothing », était particulièrement extrême et la série n’aurait pas eu autant de succès s’il n’avait pas été quelque peu édulcoré. Le show n’aurait jamais tenu neuf saisons sur un network comme NBC s’ils n’avaient fait que des épisodes comme « The Chinese Restaurant », dans lequel les protagonistes attendent en temps réel pendant vingt minutes pour avoir une table dans un restaurant chinois. C’est la force de Seinfeld, qui fait de cette série une série véritablement iconique : être un succès commercial phénoménal, sans pour autant vendre son âme au diable et conserver une ligne directrice forte, à contre-courant des standards de l’époque – et même des standards actuels. Malgré tout, on pouvait à l’époque légitimement se demander ce que Seinfeld serait devenu si Jerry Seinfeld et Larry David n’avaient pas eu les mêmes contraintes d’audience. Nous avons aujourd’hui la réponse : Seinfeld serait devenue Curb Your Enthusiasm. Curb Your Enthusiasm n’est pas diffusée sur un grand network qui s’appuie en grande partie sur les recettes publicitaires pour prospérer, mais sur HBO, la chaîne à péage dont s’est inspirée Canal+. Le public visé est donc bien plus restreint. Donc oui, Curb Your Enthusiasm ne sera jamais aussi iconique et mythique que son illustre prédécesseur, et alors ? Le point positif d’être diffusée sur une chaîne comme HBO est que la liberté laissée aux auteurs est bien plus grande. Un exemple pour montrer ça : les auteurs ne sont pas contraints par HBO à livrer une saison à une telle date, comme c’est le cas quand la série est diffusée sur un grand network américain comme NBC, CBS ou FOX. Ainsi, la septième saison a commencé deux ans après la sixième, alors que la troisième saison a commencé par exemple un an après la deuxième. Cette situation n’est pas exclusive à Curb Your Enthusiasm : on retrouve la même chose pour d’autres séries cultes diffusées par HBO telles que The Wire ou The Sopranos. Larry David peut donc s’en donner à cœur joie, et faire ce que Jerry Seinfeld et lui souhaitaient faire dans un premier temps avec Seinfeld avant que la réalité des grands networks ne les rattrapent : une sorte de « reality-sitcom » sans rires enregistrés, avec des dialogues semi-improvisés et encore plus de débats philosophiques sur les choses insignifiantes de la vie. Mais ne croyez pas pour autant qu’il n’y a pas d’histoire dans Curb Your Enthusiasm : chaque saison, mis à part la première, s’appuie autour d’un arc principal, qui fait office de fil rouge durant la saison.

Curb Your Enthusiasm : un Seinfeld 2.0

Pour résumer, en tant que fan absolu de Seinfeld, Curb Your Enthusiasm est un accomplissement, une sorte de Seinfeld 2.0, un Seinfeld encore plus extrême. Mais cela ne signifie pas que cette série ne doit pas être visionnée par le plus grand nombre, bien au contraire : fan de Seinfeld ou pas, Curb Your Enthusiasm, avec son humour intelligent, ses très bons acteurs et un Larry David au sommet de son art, est une réussite totale. Et en plus, Michael J. Fox apparaît en guest star dans un épisode.

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