Seinfeld, un “show about nothing”

Un groupe d’amis, New-York, un appartement new-yorkais, un café-bar new-yorkais, des situations cocasses… Vous avez dit Friends ? Raté. How I Met Your Mother ? Encore raté. Après quatre mois d’absence – non, nous n’étions pas morts, juste très occupés – j’ai décidé de vous parler d’une série qui a précédé et qui a servi d’inspiration aux deux séries sus-citées, une série révolutionnaire et selon moi toujours inégalée malgré son âge, Seinfeld. Si cette série est relativement inconnue ici en France – la faute à un doublage totalement foireux – elle est absolument culte aux Etats-Unis. Pour parler chiffre, entre sa sixième et sa neuvième et dernière saison, Seinfeld c’est 20 millions de téléspectateurs en moyenne toutes les semaines, avec à noter, un épisode final suivi par plus de 75 millions d’américains, rien que ça ! Même en 2010, les rediffusions de Seinfeld font encore un carton aux Etats-Unis, montrant le caractère intergénérationnel de Seinfeld : les parents ont adoré il y a une dizaine d’années, leurs enfants adorent également.

Alors, par où commencer ? Pour vous situer le truc, selon ses créateurs, Larry David et Jerry Seinfeld – qui est par la même occasion un des humoristes de stand-up les plus influents de sa génération – Seinfeld, c’est un « show about nothing ». Leur idée de départ était de décrire comment un humoriste, Jerry Seinfeld justement, trouvait ses blagues et ses sketches pour ses spectacles. Pas spécialement sexy à première vue. Oui, mais pas si vite. C’est vite oublier la nature des quatre protagonistes. Tout d’abord, il y a Jerry Seinfeld, dans une version caricaturale de lui-même. Des quatre, c’est celui qui est le plus stable professionnellement, celui à qui il arrive le moins d’emmerdes. Un de ses spécialités est de rompre avec sa petite amie de l’épisode pour des raisons plutôt débiles (dans un épisode, il rompt avec sa petite amie parce qu’elle mangeait ses petits pois un par un, dans un autre, parce qu’elle avait des mains d’homme, alors que c’était un mannequin). Il y a ensuite Cosmo Kramer (joué par Michael Richards), le voisin de Jerry. Entre ses entrées fulgurantes dans l’appartement de Jerry, sa coiffure bizarre, sa garde-robe old-school, ses plans tous plus foireux les uns que les autres (comme ouvrir un restaurant dans lequel on ferait sa propre pâte à pizza) et son absence totale de tact, Kramer fait partie de ses personnages tellement caricaturaux (rien que ce prénom, Cosmo !) qu’ils en deviennent des icônes. Sa grande force reste son imprédictibilité totale qui empêche toute forme de lassitude, même après neuf saisons.  Dans le genre caricatural, George Costanza (joué par Jason Alexander) est pas mal non plus. Radin, lâche, manipulateur, paranoïaque, parfois très débile, George les accumule tous, c’est un vrai loser, comme on n’en fait plus. Sa situation professionnelle suit les montagnes russes, et le pire, c’est que c’est toujours de sa faute. Sur les 180 épisodes de Seinfeld, sauf si ma mémoire me joue des tours, il n’y a que dans un épisode où George est un vrai gagnant. Un sur 180, joli ratio, comme vous pouvez le voir. Enfin, le groupe ne serait pas complet sans une femme, Elaine Benes (jouée par Julia Louis-Dreyfus, oui oui, comme feu Robert Louis-Dreyfus, normal, ils sont cousins éloignés) remplit parfaitement ce rôle. Ancienne petite amie de Jerry, avec qui elle est restée amie, c’est à la fois une femme indépendante, intelligente mais complètement superficielle (l’épisode avec le « Mimbo », ou « Male bimbo » en atteste) et au caractère parfois difficile. Et n’oublions pas les personnages secondaires qui ajoutent encore un peu de folie à la série, tels que Morty et Helen Seinfeld (les parents « presque » normaux de Jerry), Frank et Estelle Costanza (les parents complètement barrés de George), Uncle Leo (l’oncle excentrique de Jerry), J. Petterman (un des patrons d’Elaine), Newman (le voisin et ennemi juré de Jerry)…

Kramer le magnifique

Bon vous me direz, c’est bien cool d’avoir des personnages haut en couleur, mais n’est-ce pas le propre de toutes sitcoms qui se respectent ? Ce qui rend vraiment unique cette série peut se résumer par ce leitmotiv de Larry David, le co-créateur de Seinfeld : « No lessons, no hugging », que l’on pourrait traduire (de façon très approximative) par : « On ne retient aucune leçon, on ne se serre pas dans les bras. » Là où de nombreuses sitcoms virent dans le pathos et dans le faussement sentimental à un moment ou à un autre de l’épisode (souvent à la fin), Seinfeld se joue de cette « règle » tant les personnages vivent leur vie sans jamais se remettre en question, malgré les nombreuses mésaventures qui émaillent leur parcours. Qu’il s’agisse de Jerry, Elaine, Kramer ou George, chaque personnage paraît insensible au monde qui l’entoure : ils agissent dans leur propre intérêt personnel, et tant pis pour les autres. Seinfeld, c’est un peu le miroir d’une société de plus en plus individualiste, pour laquelle le collectif reste une notion très abstraite. Mais là où Seinfeld dépasse toutes les autre sitcoms qui ont tenté de l’imiter par la suite, c’est que dans Seinfeld, il n’y a quasiment jamais de happy-endings un peu bidons et faussement moralisants. Certes, la réaction des personnages peut parfois paraître moralement « choquante », avec par exemple le season finale de la saison 7, qui est… particulier dirons-nous – tellement particulier que le président de l’époque des New-York Yankees, George Steinbrenner, a refusé que son cameo soit diffusé à la télévision. Mais à chaque fois, le destin rattrape les quatre protagonistes, surtout lorsqu’ils se sont comportés en salaud de première – George s’en rend compte avec douleur au tout début de la saison 8, lorsque tout ce qu’il a « bâti » au cours de la saison 7 se retourne contre lui d’une façon cruelle. Pour paraphraser Roland Barthes et un de ses principaux ouvrages, Mythologies [NDM : le crédit revient surtout à JTS pour cette très bonne analogie], Seinfeld peut être assimilé au catch : selon Barthes, le catch est populaire car les spectateurs n’attendent qu’une seule chose, que le salaud soit vaincu, humilié même. Et c’est un peu la même chose pour Seinfeld : le téléspectateur attend avec délectation les plans foireux de Jerry, George, Kramer et Elaine, puis l’inéluctable échec qui en découle.

Allez, pour finir, comme d’habitude, un petit extrait de Seinfeld, avec le désormais mythique Soup Nazi :

One thought on “Seinfeld, un “show about nothing”

  1. Jamais regardé un seul épisode. Pourtant, ce show a sa part de culte. Je tâcherai de rattraper ça.
    Et ton extrait est HILARANT.
    “J’ai pas eu de pain.”
    “Laisse tomber.”
    “NO SOUP FORRR YOU !”
    Quand le show est marrant, les rires en boîte ne me dérangent pas. =)

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