Que se serait-il passé si l’arrêt Bosman n’avait pas existé ?

L’arrêt Bosman… L’éternel débat revient à chaque fois : l’arrêt Bosman, applicable depuis 1996, a-t-il tué les petits championnats ? Si on ne peut pas tout mettre sur le dos de cet arrêt, il a quand même considérablement modifié le paysage du football européen, en supprimant le quota de joueurs nationaux et en autorisant les joueurs en fin de contrat de signer où ils veulent. Que se serait-il passé si cet arrêt n’avait pas existé ? Avant de reprendre le volant de la DeLorean pour modifier le cours de l’histoire, intéressons-nous tout d’abord à la dernière équipe ayant profité de l’ère pré-Bosman.

24 mai 1995 : finale de la Ligue des Champions entre le grand Milan AC et la prometteuse équipe de l’Ajax d’Amsterdam. Oui, à l’époque, l’Ajax était un vrai club de foot, pas seulement une marque de produits ménagers. A la 85e minute, c’est la délivrance pour les joueurs de l’Ajax, Patrick Kluivert marque le but de la victoire. C’est l’apothéose pour la dernière génération dorée qu’a connu le club. Mais c’est surtout le début de la fin pour tous ces clubs évoluant dans des championnats mineurs, mais réussissant à subsister et à gagner grâce à leur centre de formation. En effet, depuis le sacre de l’Ajax en 95, si on excepte le Barça 2009 (n’oublions pas que le Barça tel qu’on le connaît maintenant est une succursale de l’Ajax grâce au père Cruyff, succursale qui a complètement explosé le modèle je vous l’accorde), aucune équipe n’a gagné la Ligue des Champions avec autant de joueurs formés au club (huit pour la petite info et même neuf si on comptabilise l’entrée en jeu de Kluivert). L’Ajax a failli rééditer cet exploit l’année suivante (avec 6 joueurs formés au club) mais les tirs aux buts et la Juventus de Turin ont eu raison de l’Ajax. C’est la dernière fois qu’on a vu l’Ajax au sommet du football européen. Depuis… je ne vous ferais pas de dessin. L’Ajax est devenu un club de seconde zone, dans un championnat de seconde zone, formant toujours des joueurs de qualité (dernièrement, Sneijder, Van der Vaart, De Jong ou encore Babel) mais qui partent dès qu’ils ont 22-23 ans (si ce n’est moins)… L’arrêt Bosman est passé par là. Et s’il n’avait jamais existé… ?

On avait laissé notre DeLorean en Belgique, à Spa Francorchamps pour être plus précis. Restons en Belgique, à Liège, et remontons un peu plus le temps, en 1990. Ca y est, on est arrivés. Rendons une petite visite au désormais mythique à Jean-Marc Bosman, l’homme qui a changé le visage du foot moderne à lui tout seul.

Ding dong, ça sonne, c’est bon, Jean-Marc vient nous ouvrir.

– Salut Jean-Marc, ça va ?

– Bien bien et toi ?

– Ca va. Alors, toujours ce projet farfelu de signer à l’USL Dunkerque ?

– Ben ouais, j’ai de l’ambition tu vois, l’USL Dunkerque, c’est un peu le Real Madrid… du nord de la France. Je ferais tout pour aller là-bas, absolument tout !

– Mais mec, reste à Liège, ok il te propose une diminution de salaire de 75 %, mais bon, t’as tout à Liège : la bière, les chocolats. Et puis merde, t’es belge quand même ! Reste à la maison !

– Ouais c’est vrai, t’as raison, finalement, quand on y repense, Dunkerque, c’est un peu de la merde quand même. C’est quand même plus classe le Standard de Liège. On a failli gagnés la C2 il y a quelques années en plus ! Bon c’est décidé, ils vont se faire foutre à Dunkerque, je reste à Liège !

Le révolutionnaire
Le révolutionnaire

On l’a fait ! On a réussi ! On a convaincu Bosman de ne pas faire un forcing incroyable pour signer dans le grand club de Dunkerque. Outre toutes les conséquences sur le continuum espace-temps qu’un tel changement peut provoquer, cela veut surtout dire une chose : l’arrêt Bosman n’est plus !

Revenons désormais en 2009. Ca fait bizarre de voir un quota de cinq joueurs étrangers (trois ressortissant de l’UE, et deux hors-UE) : c’est sûr qu’avec ce quota, il valait mieux bien choisir les étrangers. En tout cas, l’Ajax fait peur avec son milieu Nigel de Jong, Wesley Sneijder et Rafael van der Vaart, Flamini est toujours à Marseille, Arsenal n’est qu’une équipe de Premier League de seconde zone que personne ne connaît en France, les galactiques du Real n’ont jamais existé, le PSG ne s’est pas tapé la honte en vendant Anleka pour une bouchée de pain à Arsenal, pour le racheter quelques années après quarante fois plus cher, des clubs qui suscitent plus l’amusement de nos jours que le respect tels que le Steaua Bucarest ou encore l’Etoile Rouge de Belgrade se qualifient régulièrement pour la phase éliminatoire de la Ligue des Champions, il n’y a plus trois clubs anglais en demies-finale de la Ligue des Champions… Bref, un foot que la génération 90 n’a pas connu, un foot un poil plus équitable. Bon, il ne faut pas non plus se voiler la face, les meilleurs joueurs ont toujours joué dans les plus grands clubs tels que le Real, le Barça ou encore l’AC Milan, mais bon, au moins, sans arrêt Bosman, la formation a vraiment un sens. Formation ne signifie plus : « Le club X, qui joue dans le petit championnat Y, forme le joueur Z, le joueur  Z joue quelques années dans le championnat Y, puis se casse à 21-22 ans pour jouer dans un championnat Y’ plus relevé. »

Quid du 6+5 voulu par Blatter ? L’idée peut être louable, mais que dire de la faisabilité d’une telle réforme ? Les joueurs concernés n’auront pas spécialement envie de revenir au pays (surtout quand ils sont par exemple néerlandais, roumains, tchèques et même français), et les grands clubs n’ont aucune envie de chambouler leur effectif très cosmopolite. Le mal a été déjà été fait. Et dire que Jean-Marc Bosman voulait simplement jouer à… Dunkerque.

4 thoughts on “Que se serait-il passé si l’arrêt Bosman n’avait pas existé ?

  1. Si on m’avait dit que la décadence du football est due à Dunkerque…Belle plume et article intéressant, sur un sport qui pourrait effectivement faire un effort pour retrouver un aspect “équitable”…

  2. Merci 😉 Effectivement, si on avait dit à Bosman à l’époque que son bras de fer à l’échelle locale allait provoquer une révolution footballistique, il nous aurait sans doute ri au nez.

    Le problème, c’est que maintenant, pour sortir de ce système ancré dans le paysage footballistique depuis près de 15 ans, ça risque d’être extrêmement compliqué… Et ça va en s’empirant : maintenant, on fait signer le premier brésilien de 9 ans qui fait 50 jongles de suite sur YouTube pour 10 millions, et on hésite pas à déréguler (encore plus) le marché des transferts en recrutant des joueurs pour 94 millions d’euros. Super pour encourager la vraie formation et les clubs formateurs, qui, de ce fait, se font piller de plus en plus tôt…

  3. bien sur il y a du deuxième degré dans cet article,bien sur on en a tous marre du pillage et du pognon des ” grands clubs” , et ras-le-bol des milan-real ou manchester-barça en demi ou en finale de ligue des champions,mais voilà, je n ‘aime pas trop cet article car je suis supporter de…l usl dunkerque!et en dire que c est de la merde…faut y venir voir! car meme si le club a perdu son statut professionnel de l époque Bosman,par ses mauvais résultats,il s efforce de faire de la formation au niveau régional, plutot que de claquer tout son (petit) pognon à retrouver à tout prix la montée avec des joueurs qui ne donnent pas tout!en fait l usld fait à son échelle ce que fait l ajax par exemple..en attendant de remonter avec des joueurs du cru..on en est pas loin.C’ est plutot Bosman que les clubs belges ont pris pour de la merde… tiens d ailleurs quel est le seul grand pays d Europe ( clubs et sélection) à avoir totalement régressé au niveau foot,mmm?y en a pas d autre!meme pas les Pays-Bas,qualifiés faciles pour 2010…Il y a poutant de bons joueurs chez vous mais le souci c ‘est qu il n y a AUCUN grand dirigeant d envergure en Belgique à l heure actuelle et depuis belle lurette.Belgique qui économiquement (et meme sportivement) n a pas su s adapter au foot des années ’90 ‘2000. On est pas pret de revoir un Ajax-Malines en finale,encore moins Anderlecht ou..le Standard.Dunkerque en ligue 2,ça mettra moins longtemps!ET vous pouvez dire à jm Bosman qu en Flandre française il y a aussi de la bière et du chocolat! tot zins.

  4. Faut quand même reconnaître que l’USL Dunkerque, ça a jamais été un grand club 🙂 Et puis quand je me moque, c’est gentil : c’est surtout le fait que l’USL Dunkerque a indirectement participé à une révolution footballistique dont on se serait bien passés…

    Concernant la Belgique, je suis d’accord avec toi, surtout pour l’équipe nationale (après tout, les clubs belges ont subi le même choc que les clubs néerlandais ou des pays de l’Est) il est loin le temps de la Belgique de Scifo qui terminait 4e en 1986. La campagne désastreuse durant les qualifs de la Coupe du Monde en est une preuve. Ils ont eu la totale : mauvais résultats, nouveau sélectionneur, problèmes en interne… Et pourtant, quand on voit leur équipe, on se dit qu’il y a un certain potentiel : Defour, Witsel, Fellaini, Vertonghen, Vermaelen, Kompany… D’ailleurs, leur 4e place aux JO montre bien qu’ils peuvent faire quelque chose.

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