Vahid dit : Fiorèse terminé, Vahid content

La légende de la D1 a donc tiré sa révérence. Les supporters du PSG jubilent. Ceux de l’OM aussi. Ceux de Al Rayyan aussi (je suis sûr que ça existe). Et caetera, et caetera, vous m’avez compris. Les supporters du monde entier jubilent finalement. Si vous êtes footballeur, et que vous voulez vous faire détester en deux coups de cuillère à pot, suivez le guide, en immersion totale avec Fabrice Fiorèse.

"Tu vois petit, un bon footballeur, il passe les 3/4 de son temps au sol."
"Tu vois petit, un bon footballeur, il passe les 3/4 de son temps au sol."

« Salut, je m’appelle Fabrice Fiorèse, et avec moi, tu auras toutes les armes pour être un des joueurs les plus détestés de L1 de sa génération. Pourtant, c’était pas gagné. D’accord, j’avais un caractère Zlatanien (juste le caractère hein, pas la technique et le talent malheureusement), j’avais les coups de pute Cristiano-Ronaldien (juste les coups de pute hein, pas la technique et le talent malheureusement), mais bon, c’est pas suffisant pour faire de toi le joueur le plus détesté de L1. Ca suffit juste pour faire de toi un joueur très peu apprécié, mais rien de plus. Je voulais être tout en haut, mais je n’y étais pas encore. Mon début de carrière était à cette image : formé à Lyon (avant qu’ils n’écrasent à la L1), transféré à Guingamp en 97. Bon je te l’accorde, le stade du Roudourou, c’est pas le meilleur endroit pour acquérir une réputation de pestiféré de la L1. D’ailleurs, les années guingampaises étaient presque mes meilleures années en tant que footballeur professionnel normal, en gros, en tant que footballeur qui veut pas se faire remarquer. Pas trop d’histoires, une dizaine de buts par saison, l’itinéraire classique du joueur de L1 correct, qui dépassera pas les frontières françaises. Mais j’avais confiance en mes capacités, je ne voulais pas être ce joueur lambda qui a joué dans tous les clubs du ventre-mou de la L1 : je savais que je pouvais devenir vraiment spécial, et devenir LE joueur le plus détesté de L1.

Le coup de fil de Luis a tout changé. Je ne pouvais pas rater cette occasion de me produire dans un des plus beaux stades de L1. Le Parc des Princes ! Avoir l’opportunité de montrer à 40 000 spectateurs mon potentiel, ça ne se refuse pas. Malheureusement, le plan a un peu foiré. Enfin je veux dire, les autres supporters m’aimaient pas, mais j’étais un des joueurs préférés des supporters parisiens à l’époque. En plus, Luis est parti à la fin de la saison 2002-2003. Je sentais donc que je faisais du surplace au PSG, il fallait que je fasse quelque chose de nouveau.

Comme le coup de fil de Luis, l’arrivée de Vahid a changé la donne. J’étais toujours titulaire, mais voilà quoi, coach Vahid, je l’aimais pas trop. Un vrai dictateur. Il fallait que je change d’air. Pas de bol, à la fin de la saison 2003-2004, peu de clubs pouvant faire perdurer ma réputation se sont intéressés à moi. J’ai même commencé la saison 2004-2005 avec le PSG et un but en trois matches. Comme tout est une affaire de coup de fil, celui de José, le 31 août 2004 et donc à quelques heures de la fin du mercato, a été déterminant. Le Vélodrome, c’est encore plus grand que le Parc des Princes ! C’étaient plus 40 000 personnes qui allaient voir mes exploits, mais 60 000 ! Mais c’était pas suffisant pour atteindre mon objectif suprême, et c’est là que j’ai eu un coup de génie : déclarer avec conviction à la presse que l’OM était le club de mon cœur. D’un côté, je me suis mis tous les supporters du PSG à dos – Vahid a même dit qu’il avait vomi après avoir entendu ça, la reconnaissance suprême en quelque sorte – et de l’autre, je n’ai absolument pas convaincu les supporters de l’OM, qui me considèrent non seulement comme un ancien parisien, mais également comme une personne de vertu douteuse pour être poli. Ma carrière a décollé à partir de là : José me faisait confiance, mais je jouais mal, j’étais sans doute le seul joueur de l’histoire de la L1 à tirer ses corners sous protection des CRS et au final, j’ai décidé – enfin on m’a forcé – à quitter l’OM pour rejoindre le Qatar et ses pétro-dollars. La carrière parfaite, tout ce dont je pouvais rêver. Les Cahiers du Football m’ont même attribué le Ballon de Plomb en 2004, reconnaissance ultime pour tout joueur de foot qui se respecte.

Malheureusement, le Qatar, c’est bien gentil pour se remplir les poches, mais les terrains de L1 me manquaient. Il fallait que je revienne sur les terres de mes exploits. Après une saison au Qatar, mon vœu s’est exaucé : l’OM m’a prêté à Lorient pour la saison 2006-2007. En plus, Lorient jouait contre le PSG au Parc lors de la 1ere journée, je ne pouvais pas rêver meilleur retour. Jouer de nouveau au Parc des Princes était déjà un incroyable accomplissement après ma saison terne au Qatar. Mais mettre un doublé devant les 40 000 supporters parisiens, c’était encore plus incroyable. Ce doublé a marqué le déclin progressif de ma carrière. Après ça, les blessures se sont accumulés, j’ai pas pu exprimer mon talent.

Ma fin de carrière fut plus anecdotique, entre Amiens et Troyes, mais j’avais déjà atteint mon objectif ultime : être le joueur le plus détesté de L1. Voilà, j’espère que tu as bien retenu mes conseils, et que tu raconteras un jour à tes enfants à quel point les supporters du monde entier t’ont détesté. »

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