Kimi Raikkonen : pilote de F1, mais branleur avant tout

Côté pile, un pilote certes hors-norme mais complètement chiant et complètement inintéressant devant les medias ; côté face, un fêtard invétéré grand buveur de vodka devant l’éternel. Là où la F1 moderne tente d’imposer un moule – tant sur le comportement que sur le parcours – à tous ses futurs champions (cf Lewis Hamilton ou encore Nico Rosberg), Raikkonen a fait un gros bras d’honneur à ce moule pour imposer sa voie.

Raikkonen vs HuntPour commencer, jetons un petit coup d’œil au palmarès pré-F1 de Kimi Raikkonen. Outre les traditionnels titres de karting nationaux, on peut voir que Raikkonen a été champion de Formule Renault britannique – qui se situe tout en bas des formules de promotion, encore en dessous des F3 nationales – en 2000, et qu’il n’a fait que 23 courses, dont 13 victoires, en 1 an… C’est tout, me direz-vous ? Et oui, c’est tout. Et dire qu’on s’émeut lorsqu’on lance Raillemé Alguersouari en F1 parce qu’il n’a été que champion de F3 britannique. Peter Sauber a eu un énorme flair sur ce coup, et il faut le dire clairement, d’énormes cojones. Alors qu’il aurait pu profiter des gros dollars et l’expérience de Pedro Diniz, il a choisi Raikkonen et son inexpérience totale. Tout le monde était tellement perplexe que le sésame nécessaire à tout pilote de F1 qui se respecte, la Superlicense, n’a été délivrée qu’à titre provisoire au jeune Kimi. Il avait alors 4 grands prix, au volant de sa Sauber, pour convaincre le Formula One Circus qu’il était digne de la confiance accordée par Peter Sauber. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne l’a pas déçu ! Première course, premier point. Bizarrement, on n’a plus trop entendu Mosley et Irvine, deux des détracteurs du finlandais, après ça. Comme Fernando Alonso au volant de sa très modeste Minardi à l’époque, il a fallu un grand prix à Raikkonen pour montrer qu’il fait parti de ces pilotes à part, qui marquent une génération. Son titre de champion du monde, acquis de manière miraculeuse certes, en 2007 – soit dit en passant, en deux grands prix, il a sans doute annulé toute la malchance qui s’était abattu sur lui entre 2001 et 2006 – en est une preuve.

Mais le plus marquant lorsque l’on évoque le « cas Raikkonen », c’est ce qui se cache derrière le pilote de F1 complètement chiant à première vue. Si je vous dis, James Hunt, vous me répondrez sans doute « James Hunt ? T’es con ou quoi, c’est James Blunt ! » (ça a l’air con comme ça, mais tapez « James Hunt » sur Youtube et vous verrez). Non, James Hunt était pilote de F1, champion du monde en 76. Une photo et une vidéo valent mieux qu’un long discours :

James Hunt : une F1, une bière, une cigarette, une femme...
James Hunt : une F1, une bière, une cigarette, une femme...

Oui, à une époque, on osait dire des conneries en interview. Là, comme ça, le parallèle entre Raikkonen et Hunt n’est pas très clair. Mais quand on y repense un peu, ces deux pilotes sont en marge du monde de la F1, même s’ils le montrent de façon très différente : Raikkonen combat le côté marketing et business de la F1 en l’ignorant, tandis que Hunt était un éternel provocateur. Un pilote de F1 à la une des tabloïds sensationnalistes britanniques, ce n’est pas courant, et pourtant Raikkonen l’a fait. Sa réputation de buveur de vodka dépassant un peu trop régulièrement les limites n’est plus à faire. Alors que son ancien patron, Ron Dennis, était désespéré concernant l’image de marque de son écurie, McLaren, Raikkonen répondait très simplement qu’il assumait ce qu’il faisait, et que sa vie privée n’influe pas sur ses performances en course.

Raikkonen assume tellement son côté James Hunt des années 2000 que lors de ses excursions extra-F1, tels qu’une course de moto-neige assez dangereuse en Finlande, ou encore une course de power-boat durant laquelle Raikkonen et son équipage étaient déguisés en gorille, il prend le pseudonyme de James Hunt. Au passage, notez que sa course de moto-neige s’est déroulée à une semaine de son premier grand prix avec Ferrari… alors que tout le monde était déjà en Australie en train de préparer la nouvelle saison ! Comme quoi les apparences sont trompeuses : je suis sûr que faire la fête avec Raikkonen, ça doit être quelque chose !

Finalement, quand Raikkonen décidera de quitter la F1 – peut-être à la fin de cette saison, plus probablement à la fin de la saison prochaine – son côté branleur et je-m’en-foutiste manquera aux paddocks. Mais que les fans se rassurent, sa prestation au rallye de Finlande comptant pour le championnat du monde des rallyes a montré que Raikkonen avait l’étoffe pour faire une carrière en WRC. On n’a pas fini de parler de la « huntitude » (© Ségolène Royal) de Kimi Raikkonen…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *