Et si Raikkonen revenait (finalement) en F1 ?

Raikkonen en WRC, une image au passé ?

Non, contrairement à ce que laisse penser la vignette de cet article en page d’accueil, Kimi Raikkonen n’a pas signé chez Red Bull. Si vous suivez de près la Formule 1, vous avez en revanche sans doute entendu la grosse rumeur du moment : le champion du monde de F1 2007 serait en discussions avancées pour revenir en F1 en 2012 chez Williams. Comme ça, la rumeur peut surprendre, vu que l’écurie Williams F1 n’est plus que l’ombre d’elle-même – elle pointe actuellement au neuvième rang du championnat des constructeurs, et il y a de grandes chances qu’elle finisse la saison à cette place. Beaucoup d’observateurs doutent des capacités « humaines » de Raikkonen à revenir dans une écurie de milieu de tableau. Je vais être honnête : je suis un grand fan de Raikkonen (ce n’est pas le premier article que j’écris à son sujet d’ailleurs), mais objectivement, que peut-on penser d’un tel retour ? Quel crédit doit-on donner aux diverses critiques que l’on peut entendre çà et là concernant le pilote finlandais ?

Tout d’abord, dès que l’on parle de Raikkonen, on ne peut s’empêcher de parler de sa supposée faible sensibilité technique et de sa faiblesse dans la mise au point des monoplaces, ce qui peut être préjudiciable dans une écurie en pleine reconstruction. Bien sûr, Raikkonen n’est pas Senna : ce n’est pas le genre à rester jusqu’à 3 heures du matin pour discuter avec ses ingénieurs. Mais cela signifie-t-il pour autant que Raikkonen est un mauvais metteur au point ? À en croire les ingénieurs de McLaren, cités par Ted Kravitz – un journaliste de la BBC, toujours bien informé dès qu’on parle d’une écurie britannique – Raikkonen était très apprécié chez McLaren pour sa capacité à être clair et concis dans son feedback « McLaren engineers still talk with wonder about Raikkonen’s consistent lap times. He was so good, they say, because he would come back to the pits, say what was wrong, they would fix it and he would go out and go faster. Simple. » Pour moi, le truc du pilote qui participe activement à la conception d’une monoplace est un mythe. La seule chose qui est en son pouvoir, c’est de l’améliorer a posteriori, grâce à son feedback et à sa relation avec ses ingénieurs. Mais si la voiture est mal née, le pilote ne peut rien faire, aussi talentueux soit-il. Prenons un exemple pour montrer ça : Fernando Alonso, pourtant réputé comme étant un très bon metteur au point, n’a rien pu faire pour faire de la Renault R29 de 2009 une voiture compétitive. Le pilote n’est pas un ingénieur, surtout en ces temps de F1 ultra technologique. Tout ça pour dire que la pression est sur les épaules des ingénieurs de Williams, si Raikkonen signe chez eux en 2012 : ce dernier ne pourra rien faire pour l’améliorer de façon significative si leur nouvelle monoplace est mal née. À la limite, il pourra dépasser les limites de la voiture en pilotant brillamment, chose que Raikkonen a déjà faite avec Ferrari durant la deuxième moitié de la saison 2009. Mais cela n’a plus rien à voir avec les qualités de mise au point du pilote.

La deuxième critique qui vient est sa non-capacité à mener une équipe, à la galvaniser. Cette critique est sans doute la plus juste. Oui, Raikkonen n’est pas Schumacher ou Alonso : il n’a pas l’âme d’un leader d’hommes. D’ailleurs, cette absence de leadership a fini par lui coûter son volant chez Ferrari, et sa motivation par la même occasion, mais j’y reviendrais plus tard. Mais il ne faut pas oublier quelque chose : sur les trois écuries pour lesquelles il a piloté, ce problème de leadership n’est apparu que chez Ferrari. On peut expliquer cela par plusieurs raisons. Tout d’abord, Raikkonen n’a jamais fait réellement l’effort de s’intégrer complètement à la mentalité de l’écurie. Le seul qui le laissait faire, c’était Jean Todt. Pas de bol pour Raikkonen, Todt est parti fin 2007. L’arrivée de Domenicali a marqué le début de la « ré-italianisation » de Ferrari. Raikkonen faisait donc un peu tâche, lui qui n’a jamais voulu apprendre l’italien. La deuxième raison, c’est Felipe Massa. Avant son accident lors des qualifications du Grand Prix de Hongrie 2009, Massa était presque au niveau de Raikkonen, mais était bien mieux intégré que ce dernier. Pour le coup, Massa faisait vraiment partie de la famille Ferrari. Et en plus, il avait le soutien de Schumacher, qui n’appréciait pas particulièrement Raikkonen. D’ailleurs, c’était plutôt réciproque : lorsqu’on lui parlait de la présence de Schumacher sur les Grands Prix, il répondait assez froidement qu’il n’avait pas besoin de ses conseils. Il était donc clair qu’au moment de trancher pour décider du pilote n°1 de Ferrari à partir de la mi-saison 2008, Felipe Massa était le meilleur candidat, et on peut comprendre le choix de Ferrari. Mais malgré cela, je ne pense pas que cela soit un vrai problème si Raikkonen signe chez Williams en 2012. La raison est simple : pour Williams, sa seule présence serait un moyen de galvaniser les troupes. Et son talent naturel fera le reste. Raikkonen n’a certes pas le charisme nécessaire pour rallier une équipe derrière lui, mais cela ne l’a pas empêché d’être, de facto, le leader de McLaren pendant cinq saisons, alors qu’on lui avait pourtant collé un Montoya au sommet de sa forme dans les pattes. Pour faire une analogie avec le football, Raikkonen leader d’une écurie c’est un peu comme Zidane capitaine de l’Équipe de France durant la Coupe du Monde 2006 : pas vraiment l’âme d’un vrai leader d’hommes à la Deschamps, mais un talent hors-normes qui fait qu’on l’écoute et qu’il est légitime.

Les détracteurs de Raikkonen pointent également du doigt ses performances moyennes durant ses dernières saisons. Et pourtant, malgré tout ce qu’on peut dire sur la saison 2008, Raikkonen n’était pas autant dominé que ça. Les chiffres ne mentent pas : après le Grand Prix de Grande-Bretagne, durant lequel Massa a été absolument minable sous la pluie, enchaînant les têtes-à-queue, Raikkonen et Massa étaient à égalité en termes de points avec 48 points et avaient 2 victoires chacun. Plus globalement, en analysant la saison, il faut retenir trois Grand Prix durant lesquels la malchance est revenu hanter Raikkonen :

  • Tout d’abord, au Grand Prix du Canada, durant lequel un podium s’envole à cause de l’accident le plus ridicule de l’histoire : Hamilton qui harponne un Raikkonen à l’arrêt au bout de la ligne des stands, et à un feu rouge. Raikkonen était alors 2e, et avait le rythme pour faire un podium. Massa a fini 5e de ce Grand Prix, profitant des abandons de Raikkonen et Hamilton. Autrement dit, il aurait fini 7e, pendant que Raikkonen faisait au moins 3e.
  • Ensuite, au Grand Prix de France, que Raikkonen assomme – à la Schumacher diront certains – jusqu’au 50e tour environ, quand son échappement lâche. Massa en profite, Raikkonen finit finalement 2e, en réalisant d’excellents chronos en fin de course compte tenu de la perte de puissance et d’appuis aérodynamiques due son problème d’échappement.
  • Enfin, il y a le Grand Prix de Belgique, le tournant du championnat pour Raikkonen : encore une fois sur le toboggan des Ardennes, Raikkonen était dominateur (et en a profité pour humilier Massa à la sortie du Raidillon) mais la pluie en a décidé autrement. Si je veux bien croire que Raikkonen n’est pas le meilleur pilote sous la pluie, il y a une différence entre piloter sous la pluie et piloter sous la pluie avec des pneus pour le sec. Dans le premier cas, le talent fait effectivement la différence ; dans le second, c’est une grande loterie. Et Raikkonen a perdu. Avec la pluie, il n’aurait pas pu faire mieux que 2e, la McLaren étant bien plus à l’aise dans ces conditions. Finalement, c’est Massa, 3e avant l’arrivée de la pluie, assez loin de Hamilton et Raikkonen, qui gagnait la course (sur tapis vert, comme un symbole) pendant que Raikkonen perdait toute chance de titre.

On pourrait même ajouter le Grand Prix de Grande-Bretagne, durant lequel Ferrari et Raikkonen se sont trompées en chaussant des pneus pour le sec, quelques tours avant que la pluie ne redouble d’intensité, alors que Raikkonen revenait sur les talons de Hamilton. Mais, par souci d’honnêteté et d’objectif, analyson un petit peu la saison de Massa : effectivement, il aurait pu voire aurait dû gagner le Grand Prix de Hongrie, lorsque son moteur l’a lâché à quelques tours de l’arrivée. En comptant ça, effectivement, Massa aurait terminé la saison avec 97 points et Raikkonen avec 92 (au pire, vu qu’il était dans le rythme pour se battre pour la victoire au Canada), mais pour un pilote qui a plus ou moins perdu le soutien de son écurie à la mi-saison, ce n’est pas tout à fait ce que j’appelle « copieusement dominé ». Finalement, la supposée archi-domination de Massa sur Raikkonen à l’arrivée n’a tenu qu’à trois Grand Prix, durant lesquels Raikkonen ne pouvait rien faire. Je sais, avec des si, on met Paris en bouteille. Mais force est de constater que les points perdus sur ces trois Grand Prix par Raikkonen n’étaient pas dus à une baisse de niveau.  Et n’oublions pas la stat qui montre que Raikkonen n’était pas autant à la ramasse que certains le prétendent : durant la saison 2008, il a effectué 10 meilleurs tours en course (sur 18 courses), un record qu’il partage avec Schumacher.

La dernière victoire de Raikkonen en F1 remonte à août 2009, sur le mythique tracé de Spa-Francorchamps

Autre interrogation qui revient souvent : quel est son niveau de motivation ? Quand Raikkonen était parti fin 2009, il avait clairement perdu l’envie de conduire. Outre les opérations marketing pour les sponsors, chose que Raikkonen abhorrait, le fait de ne pas être soutenu par son équipe alors qu’il se  considérait sans doute comme étant le meilleur pilote de l’écurie (voir le paragraphe ci-dessus, et bien sûr le titre de champion du monde en 2007) a très certainement pesé dans la balance. Il y a un exemple qui le montre clairement : après l’accident de Massa en 2009, quand Ferrari a été obligée de reporter ses efforts sur Raikkonen, ce dernier a soudainement retrouvé son meilleur niveau en faisant quatre podiums consécutifs, dont une victoire magistrale à Spa. La voiture était pourtant aussi moyenne, et Ferrari était déjà concentrée sur le développement de la voiture de 2010. D’ailleurs, selon James Allen – entre autres ancien commentateur pour la chaîne de télévision britannique ITV et intervieweur en conférence de presse pour la FIA, excusez du peu – les ingénieurs chez Ferrari se demandaient comment il réussissait à réaliser de telles performances dans cette voiture. Raikkonen est devenu presque adulé par ses ingénieurs, alors qu’il était voué aux gémonies avant l’accident de Massa… Je ne pense donc que la motivation soit un problème pour Raikkonen s’il revient chez Williams. Il en sera le leader absolu, ses obligations sponsor ne seront certainement pas aussi contraignantes que chez Ferrari et enfin, le fait même de vouloir revenir dans une écurie de milieu de tableau montre qu’il a les crocs. La question de la motivation ne se pose donc pas vraiment : s’il ne l’était pas, il n’aurait jamais été tenté par le challenge Williams. Raikkonen n’a pas vraiment besoin de revenir : il a déjà été champion du monde ; à son âge, les records sont inaccessibles ; financièrement, je pense qu’il est largement à l’abri du besoin.

Enfin, après le retour raté de Schumacher, on peut se poser la question de la réussite de Raikkonen dans une Formule 1 qui a bien évolué depuis son départ. Cependant, contrairement à Schumacher, le pari est moins risqué pour Raikkonen. En effet, Schumacher était revenu dans une écurie championne du monde, et face à un jeune coéquipier ambitieux et talentueux, en la personne de Nico Rosberg. Les attentes étaient élevées. A contrario, Raikkonen est susceptible de revenir dans une écurie moribonde face à Pastor Maldonado, qui est correct sans être brillant. Battre Maldonado ne devrait pas être un problème, et si les performances de Raikkonen sont mauvaises, faute de véritable référence, la voiture sera directement mise en cause.

Comme un symbole ? (Raikkonen en 2010, quand il pilotait pour le Citroën Junior Team, sponsorisé par Red Bull)

Pour conclure cet article, je vais vous partager un point de vue qui est également partagé par un certain nombre d’observateurs, dans l’hypothèse où Raikkonen signe chez Williams en 2012 : et si cette saison 2012 n’était qu’un « entraînement » sans pression en vue d’un baquet plus huppé, Red Bull au hasard, pour 2013 ? On sait en tout cas que le contrat de Webber se termine fin 2012, et il ne faut pas oublier un truc concernant Raikkonen : il n’aura « que » 34 ans en 2013 ! À cet âge, Webber était à un souffle du titre en 2010, Prost gagnait son troisième titre et Schumacher gagnait son cinquième titre. En parlant de Schumacher, son cas est instructif pour Raikkonen, dans l’hypothèse où ce dernier utiliserait son retour chez Williams pour se préparer pour 2013 : en 2010, Schumacher se faisait écraser par Rosberg ; cette année, la domination est bien moins nette et les performances de Schumacher sont bien plus honorables. Quoi qu’il en soit, l’intersaison va être passionnante, et espérons que le 18 mars 2012, on ait six champions du monde sur la grille de départ, ce qui serait un nouveau record…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *