Top 5 des équipes qui ont le plus eu la lose dans les moments-clés

En cette période de Coupe du Monde, vous êtes saoulé d’articles commentant les déboires de l’Equipe de France, ou encore les déclarations très opportunistes de notre chère Secrétaire d’Etat aux Sports, Rama Yade ? Ben pas de bol, sur Omnizine, on aime le football – pour preuve les éloges de Matt Moussilou ou encore de Fabrice Fiorèse qu’on a fait par exemple – et on en remet une petite couche, à quelques jours du début de la Coupe du Monde. Oui, mais pas si vite, on n’est pas sur L’Equipe.fr ici. Sur Omnizine, on préfère largement Les Cahiers du Football ou encore So Foot. Et c’est en lisant un dossier paru il y a quelques mois dans So Foot sur les losers – je vous le conseille d’ailleurs, le numéro 67 de juillet 2009, avec entre autre deux interviews savoureuses de Alvaro Recoba et de Hector Cuper, ou encore un long article sur la malédiction qui touche l’Atlético Madrid dans le football qu’il m’est venu cette idée : pourquoi ne pas faire un top 5 des équipes qui ont le plus eu la lose dans les moments décisifs ou lors d’une compétition précise ? Et attention, par lose, je ne veux pas dire « équipe qui joue mal ou qui a été ridicule » mais plutôt « équipe qui a raté à un moment décisif alors que rien ne la prédisposait à se rater ». Première indication : comme je suis sympa et comme un des rédacteurs d’Omnizine, un certain Alex G. pour ne pas le nommer, est supporter du PSG, le PSG ne fera pas partie de cette liste. Et encore une fois, cette liste n’a pas pour objectif d’être exhaustive, donc si vous avez d’autres suggestions, n’hésitez pas à en faire part dans les commentaires !

Le n°5 : la Hongrie 54

Ceux qui ne connaissent pas trop l’histoire du football ne le savent peut-être pas, mais il fut une époque durant laquelle la Hongrie était la meilleure équipe du monde. Emmené par le mythique Ferenc Puskas, surnommé le Major Galopant, le Onze d’or hongrois n’a pas perdu un match entre 1950 et 1954, a été champion olympique en 1952, a humilié l’Angleterre à Wembley 6-3 – la première défaite des Anglais à domicile contre un autre pays européen ! – et arrive en 1954 à la Coupe du Monde en grandissimes favoris. D’ailleurs, dès les poules, les Hongrois ont justifié ce statut en explosant la Corée du Sud 9-0 et en écrasant la RFA 8-3. Après une victoire notamment contre le Brésil et les tenants du titre Uruguayens, les voilà en finale contre… la RFA justement. Tout le monde se dit alors que ce sera une affaire vite réglée. D’ailleurs, les Hongrois mènent vite 2-0. Oui, mais les Allemands sont des petits filous, et vont remonter cet écart, pour finalement planter le troisième but fatal aux Hongrois à cinq minutes de la fin. Ecraser le football mondial pendant quatre ans pour échouer en finale de Coupe du Monde contre une équipe qui avait été écrabouillée en phase de poules, c’est ce qu’on appelle la lose. Surtout que bon, ce n’est pas comme s’ils auront encore une fois l’occasion de s’illustrer en Coupe du Monde…

Le n°4 : la France 82

Je pense que le 8 juillet devrait être un jour de deuil partout en France. Car ce jour-là, il y a 28 ans, l’équipe de France a été touché d’une autre forme de lose très sournoise : la lose qui vient de l’extérieur. Jusqu’à la 60e minute, c’était un joli match de football, avec une belle opposition de style entre la technique française et la rigueur allemande. Il y avait alors 1-1. Et là, c’est le drame : long ballon vers l’avant, Battiston aux avant-postes, en position de marquer, puis Harald Schumacher le cartonne bien comme il faut, sans se préoccuper du ballon. Tout le monde l’a vu, sauf l’arbitre. Battiston sort sur civière, inconscient, et Schumacher, qui aurait dû être expulsé, n’est pas inquiété. C’est l’acte I de l’équipe de France touché par une lose externe. L’acte II est encore plus cruel. L’équipe de France, en pleine révolte, réagit, pousse, et parvient à marquer deux buts durant les prolongations. C’était sans compter sur l’entrée en jeu de la star allemande Karl-Heinz Rummenigge, pourtant blessé, qui remet l’Allemagne dans la course, avant que Fischer ne termine le boulot. 3-3, tirs au but donc. Et c’est là que la lose frappe une nouvelle fois l’Equipe de France, lorsque Schumacher, le même qui n’aurait jamais dû finir le match, repousse le tir au but de Bossis, avant que Hrubesch ne propulse son équipe en finale. Cruel, je vous l’avais dit.

Le n°3 : les Pays-Bas 2000

Ahh, les Pays-Bas, toujours placés, jamais vainqueurs – mis à part en 1988, et encore, il a fallu un but venu d’ailleurs de Marco Van Basten –, telle pourrait être leur devise. Il est vrai qu’avec leur deux finales consécutives de Coupe du Monde perdues, et notamment celle de 1974, lors de laquelle ils étaient les grands favoris, ils ne font rien pour arranger leur cas. Mais les Pays-Bas version Euro 2000 ont repoussé toutes les limites de la lose. Tout d’abord, le contexte : ils sont chez eux, ont une très belle équipe, se sortent sans trop de soucis de la poule de la mort, également constituée de la France, de la République Tchèque et du Danemark, et écrasent en quart de finale les pauvres Yougoslaves sur le score de 6-1. Là, on se dit que rien ne les empêchera de gagner un autre Euro, à la maison qui plus est, surtout quand on se souvient que l’Italie, leur adversaire en demi-finale, n’a pas été éblouissant jusque-là. Oui, mais les néerlandais sont de purs losers magnifiques. Car les néerlandais ont complètement dominé l’Italie, réduite à dix au bout d’une demi-heure de jeu avec l’expulsion de Zambrotta. Car Bergkamp a touché le poteau. Car les Pays-Bas ont eu deux pénaltys durant le temps réglementaires, mais ni Frank De Boer, ni Patrick Kluivert n’ont réussi à les mettre au fond, butant soit sur un Toldo des grands jours, soit sur le poteau. Car les Pays-Bas ont fini par perdre aux tirs au but, en ratant trois tirs au but sur quatre. Si ça c’est pas la lose.

Le n°2 : l’OM 99

Bon jusque-là, on a uniquement parlé d’équipes nationales. Mais les clubs ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit de lose. Premier exemple avec l’OM de Rolland Courbis. La saison avait pourtant bien commencé, avec notamment ce match désormais légendaire contre Montpellier au Vélodrome, durant lequel l’OM, mené 0-4 à la mi-temps, refait son retard pour finalement l’emporter 5-4. Il l’a avoué quelques années plus tard, mais ce soir-là, Courbis pensait au fond de lui-même que c’était le signe que l’OM allait être champion. La suite de la saison s’est d’ailleurs déroulée sans trop de soucis, avec un OM dominateur et en tête du championnat jusqu’à cette 32e journée fatale. Le PSG, qui n’a plus aucun objectif en cette fin de saison, reçoit l’OM. Si l’OM gagne et si Bordeaux perd, l’OM est assuré du titre. Les marseillais font tout pour aller le chercher, avec une ouverture du score rapide. L’OM déroule, sachant que Bordeaux était alors en train de perdre, puis Courbis tente un coaching ultra offensif, pour mettre le deuxième but libérateur, en remplaçant Dugarry par Camara à la 70e puis Gallas par Bravo à la 80e – un défenseur sortant donc pour un milieu offensif. Pas de bol, Marco Simone égalise à la 84e, puis Rodriguez porte l’estocade finale quelques minutes plus tard. Bordeaux repasse en tête. Bien sûr, on pourrait reparler du PSG-Bordeaux et de ce but de Feindouno dans les dernières minutes face à un PSG complètement démobilisé, mais le fait est que l’OM a vraiment perdu son titre au Parc, incapable de battre un PSG en roue libre. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car une semaine après cette défaite, la première depuis bien longtemps face au PSG, l’OM avait l’occasion de remporter la Coupe de l’UEFA. Là encore, peine perdue, une boulette de Laurent Blanc et une branlée 3-0 plus tard, l’OM repart bredouille. En une semaine, l’OM de Courbis aura donc perdu à la fois le titre de champion de France et la Coupe de l’UEFA…

Le n°1 : le Bayer Leverkusen 2002

Le Bayer Leverkusen, c’est un peu l’OM 99 puissance 10. En l’espace de trois semaines, ils auraient pu réaliser un triplé historique pour le club, et pour le football de club européen plus généralement. A la place, ils ont tout perdu. Et pourtant, leur équipe était loin d’être dégueulasse : emmenée par Ballack, qui avait sans doute à cœur de gagner au moins quelque chose avant son départ pour le Bayern, Lucio, l’increvable Bernd Schneider ou encore celui qui était alors considéré comme un grand espoir du football européen, j’ai nommé Yildiray Basturk, elle avait tout pour au moins gagner un trophée. Mais si le Bayer Leverkusen est en tête de ce classement, ou plutôt le Bayer Neverkusen comme l’ont surnommé les media anglais, ce n’est pas pour rien. Bon, on passera sur la finale de la Ligue des Champions perdue face à un Real alors au sommet de son art, et un Zidane dans une autre dimension lors de cette incroyable reprise de volée du gauche en pleine lucarne. A la limite, on peut leur pardonner cet échec. Mais comment peut-on expliquer rationnellement la perte d’un championnat lorsqu’on a cinq points d’avance sur le deuxième à trois journées de la fin ? Pire encore, comment peut-on expliquer la défaite en finale de la Coupe d’Allemagne face Schalke 04, pourtant réputé pour être les losers et les éternels seconds par excellence en Allemagne ? Non, ce n’est définitivement pas explicable de façon rationnelle, ce qui accrédite la thèse d’une force supérieure, d’une sorte de puissance divine qui s’acharne sur le sort de pauvres équipes qui n’ont absolument rien demandé.

Bonus : l’Atlético Madrid

La lose, c’est un peu la marque de fabrique de l’Atlético Madrid. Donc il fallait d’une manière ou d’une autre intégrer les Colchoneros à ce classement. Et un homme peut y être associé : Jesus Gil. Jesus Gil est l’archétype de l’homme d’affaires véreux, corrompu, mégalomane, auquel on peut ajouter une grosse pointe de franquisme et de racisme, et qui n’hésite pas à ouvrir sa grande bouche, même si c’est pour dire des conneries – un peu à la Loulou Nicollin en gros. Petit exemple, lorsqu’on lui parle de Jimmy Floyd Hasselbaink : « Qui est Jimmy Floyd Hasselbaink ? Je m’en fous, je sais juste que c’est un gros noir qui marque des buts pour l’Atlético. » Mais s’il fallait retenir une décision prise par Jesus Gil, et qui résumerait parfaitement la « lositude » qui touche l’Atlético, ce serait celle qu’il a prise à l’aube des années 90. L’Atlético était alors en proie à de grandes difficultés financières, et c’est là que Jesus Gil a un coup de génie : supprimer le centre de formation et toutes les équipes de jeunes. Jusque-là, on peut se dire qu’il est simplement un peu stupide de sacrifier l’avenir pour sauver le présent, enfin là n’est pas le problème. Car à cette période, il y avait un joueur de 15 ans qui évoluait dans les équipes de jeunes de l’Atlético. Un certain… Raul Gonzalez Blanco, ça ne vous dit rien ? Vous ne vous trompez pas, c’est bien le Raul qui est par la suite devenu une légende absolue du Real. Jesus Gil a entubé Raul et son père, qui était pourtant un grand fan des Colchoneros, alors autant entuber Jesus Gil en signant pour l’ennemi suprême. Œil pour œil, dent pour dent, comme le dit la loi du Talion. Pour finir sur l’Atlético, il faut dire que le club cultive cette « lositude » via ses spots publicitaires – ils sont en espagnol, mais pas besoin de comprendre cette langue pour comprendre le message des deux spots ci-dessous : dans le premier, on peut voir un supporter qui n’en peut plus des résultats de l’Atlético, et qui dépose l’écharpe du club sur la tombe de son père comme pour démissionner, avant que la branche de l’arbre à côté de lui ne lui frappe sur la tête, comme un symbole de son père le rappelant à l’ordre et l’obligeant à reprendre son écharpe, tout honteux ; le second est plus direct, avec un jeune homme demandant à son père pourquoi ils supportaient l’Atlético, ce qui laissa le père sans voix, avant qu’on ne voit à l’écran « No es facil de explicar » – ça se passe de traduction je pense.

2 thoughts on “Top 5 des équipes qui ont le plus eu la lose dans les moments-clés

  1. Marrant ça quand même, des clubs de foot qui font des spots de pub. Surtout que ceux-ci ont vraiment une haute dose d’auto-dérision qu’on n’a pas l’habitude de voir dans ce monde “parfait” de la lessive qui lave plus blanc que blanc.

    Sinon, je retiens ta délicate attention d’éviter un paragraphe sur le PSG, bien que j’accepte totalement qu’on se foute de la lose de ce club, qui la connaît depuis des années, mais qui parvient néanmoins à rapporter fréquemment quelques trophées appréciables à la maison. Donc, en effet, Paris n’était peut-être pas le plus pertinent.

    J’aime beaucoup tes articles sur le foot, ils sont de petites leçons d’histoire et me font sentir moins footix. Un peu moins.

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